Son Excellence Xavier Driencourt, ambassadeur de France (à gauche) et Joël Lascaux, nouveau directeur de l'Institut français d'Algérie.
Les Centres culturels français (CCF) et les services de coopération universitaire, éducative, linguistique et culturelle de l'ambassade de France ont fusionné pour devenir l'Institut français d'Algérie (IFA) qui a été étrenné, hier matin, à Alger.
L'institut français d'Algérie a été officiellement lancé par Son Excellence, Xavier Driencourt, ambassadeur de France en Algérie, qui a animé une conférence de presse, en présence de Mme Loan Forgeron, conseillère de presse et communication, Joël Lascaux, le frais et émoulu directeur de l'Institut français en Algérie, des directeurs des Centres culturels français de Constantine, Annaba, Tlemcen et Oran, de Mme Wörgetter Aloisia, ambassadrice d'Autriche, de Mme Lydia Nabais, conseillère diplomatique du Portugal et d'Alexis Konstantopoulos, premier conseiller auprès de la délégation de l'Union européenne en Algérie.
«Aujourd'hui, c'est ‘‘l'arrêt de mort'' des Centres culturels français et ce sont aussi le baptême et la naissance de l'Institut français. Cette réorganisation a pour but de donner de plus grandes visibilité et lisibilité. La France a toujours mis l'accent sur une meilleure diplomatie d'influence (culture). Une réorganisation pour donner une plus grande synergie et harmonie des actions culturelles à l'étranger, une unification… La francophonie est toujours importante pour le gouvernement français. Préparer les prochains 25 ans et renforcer le capital humain dans le secteur universitaire», indiquera l'ambassadeur de France, Xavier Driencourt.
Abondant dans le même sens, Joël Lascaux, directeur de l'Institut français, étayera : «C'est une réforme compliquée (par rapport au changement). Notre souhait, c'est de faire mieux et encore mieux. Améliorer notre offre. Une priorité politique vers un ensemble de pays de la rive sud. Le Maroc et l'Algérie sont des poids lourds… C'est un travail d'équipe. Et le public est le bienvenu et bien accueilli.»
20 000 étudiants algériens en France
La fusion des Centres culturels français (CCF) et les services de coopération universitaire, éducative, linguistique et culturelle de l'ambassade de France est intervenue dans le cadre d'une réforme mondiale du réseau culturel et de coopération du ministère français des Affaires étrangères et européennes initiée par la loi du 27 juillet 2010 relative à l'action extérieure de la France. Une architecture s'articulant autour du programme universitaire et scientifique (44% du budget de l'IF) et des manifestations culturelles (17%). L'enveloppe financière globale 2012 de l'Institut français est conséquente. Elle est de l'ordre de 14 millions d'euros (contre 12 millions d'euros en 2011).
Un budget situé au premier rang mondial. A titre indicatif, dans le cadre des actions de l'IF, on recense 20 000 étudiants algériens en France, 1600 bourses attribuées à des étudiants algériens, 4880 visas long séjour délivrés pour des étudiants algériens, 270 chercheurs algériens officiant en France, 11 000 élèves inscrits aux cours de langues, 510 manifestations culturelles au sein des cinq Centres culturels français (Alger, Constantine, Annaba, Tlemcen et Oran), 6 projets (universitaires et de société civile) soutenus par le Fonds de solidarité prioritaire ou encore 600 conventions entre des universités algériennes et françaises en matière de recherche.
Cette année, d'autres Instituts français seront inaugurés comme ceux des Etats-Unis, du Canada, du Liban et du Maroc. Par ailleurs, répondant à une question sur un éventuel programme de l'IF quant à la célébration du 50e anniversaire de l'Indépendance de l'Algérie, Xavier Driencourt déclarera : «C'est vôtre fête. On ne peut pas venir sans être invité. C'est à vous de la célébrer. C'est votre année 2012.»
Le nouveau chef de la diplomatie marocaine, Saad-Eddine El Othmani, s'est rendu hier, au deuxième jour de sa visite en Algérie, au siège du MSP où il a été reçu par les dirigeants de cette formation politique.
Avant cette escale, Saad-Eddine El Othmani a été reçu par le président de la République, Abdelaziz Bouteflika, à la résidence Djenane El Mufti à Alger en présence de son homologue algérien, Mourad Medelci. Auparavant, M. El Othmani a été reçu par le ministre d'Etat, représentant personnel du président et chef de file du FLN, Abdelaziz Belkhadem. Au siège du MSP, le ministre marocain des Affaires étrangères et aussi membre du Parti de la justice et du développement marocain (PJD) a souligné «l'amitié forte» qui lie les deux partis politiques. Dans son intervention, l'hôte de l'Algérie explique qu'il n'est pas venu en Algérie pour évoquer les questions qui fâchent, mais plutôt les dossiers sur lesquels il y a un minimum de consensus.
«Dans le Maghreb, l'Algérie est pour le Maroc un pays prioritaire. Nous sommes ici pour renforcer nos relations et relancer par là même l'Union du Maghreb arabe», a fait remarquer M. El Othmani. Et d'ajouter : «L'Algérie et le Maroc ont convenu de poursuivre régulièrement leur concertation politique au niveau des ministres des Affaires étrangères des deux pays à raison de deux rencontres par année.» Il annonce aussi la tenue d'une haute commission mixte algéro-marocaine à Rabat au courant de cette année. Les deux pays ont décidé, en outre, de mettre en place des commissions mixtes dans différents secteurs pour procéder à une évaluation régulière de leur coopération, notamment dans le domaine de l'agriculture, de la jeunesse, des sports, de l'eau et de l'énergie. «L'instauration de ces relations bilatérales sectorielles vise à approfondir la coopération et à l'élargir au mieux des intérêts des deux pays et des deux peuples», a-t-il affirmé.
Une autre commission se penchera sur les mécanismes à mettre en place pour relancer l'UMA. «Nous avons ouvert les dossiers qui lient les deux pays, notamment dans le domaine économique. Par contre, concernant les points de divergences, nous avons décidé de les traiter ultérieurement», avoue le chef de la diplomatie marocaine qui évoque comme point de divergence la question de l'ouverture des frontières. «La rencontre d'aujourd'hui est un premier pas. Une prise de contact lors de laquelle nous nous sommes refusé de parler des dossiers qui posent problème. Les discussions entre l'Algérie et le Maroc se poursuivront et il y aura des visites de nos responsables en Algérie. Il s'agit là d'un long processus», estime M. El Othmani, précisant qu'«il est impossible de régler nos différends en une seule visite».
Avocat et président de la Fédération Royale Marocaine de Cyclisme, maître Mohammed Belmahi, en incluant la ville algérienne de Maghnia dans le tour cycliste du Maroc, qui aura lieu du 23 mars au 1er avril prochains, ouvre une autre porte pour un avenir optimiste entre Algériens et Marocains. Il s'en explique à partir de Rabat.
-Une information concernant le tour cycliste du Maroc, faisant état d'une étape à Maghnia (ouest algérien) a quelque peu surpris, mais aussi enthousiasmé, le monde cycliste algérien. Dites-nous comment vous avez eu l'idée d'inclure une ville algérienne dans un circuit marocain?
C'est une initiative à laquelle les membres de la fédération et moi-même avons discuté de l'opportunité depuis plus de deux ans. Cette année, nous avons estimé que le climat était encore plus propice et nous avons tenté un rapprochement avec l'espoir d'aboutir pour le bien de nos sportifs et tout particulièrement de nos deux peuples frères.
-Les frontières entre les deux pays sont fermées. Ne croyez-vous pas, qu'avec cette proposition d'étape en Algérie, vous défiez en quelque sorte les pouvoirs politiques?
Á aucun moment nous avons pensé défier un quelconque pouvoir politique, bien au contraire, le sport grand composant de la société civile ne peut que contribuer à la diplomatie parallèle que ne manquerait pas de pratiquer tout citoyen pour le rapprochement entre les peuples.
-Vous parlez d'un tour maghrébin dans une ambiance pas très sereine (Libye, Tunisie, frontières fermées entre l'Algérie et le Maroc)…
Pour le tour maghrébin, c'est un projet réalisable, peut être pas aujourd'hui, mais dans un avenir relativement proche.
-Être-vous parmi ceux qui pensent que le sport, contrairement à la politique, est un réel vecteur unificateur des peuples ?
Ce n'est pas contraire à la politique, mais le sport est parfois complémentaire des initiatives officielles. Je dois rappeler, si vous le permettez, que l'équipe algérienne de cyclisme, nous a toujours honorés de sa participation aux différentes compétitions internationales, organisées par notre fédération au Maroc, notamment le tour du Maroc.
Deux livres relatant des évènements de la Guerre de libération nationale viennent de paraître chez Dar El Gharb. L'auteur, M. Chaïb Hammou, un ancien inspecteur de l'éducation rapporte dans le 1er écrit : « Sublimes sacrifices dans le Filaoussène », le récit de batailles meurtrières livrées par les combattants de l'ALN aux troupes de l'occupation des Monts Filaoussène et les exactions commises par les militaires français dans le petit douar des Ouled Berrached perdu au fond des montagnes de la chaîne des Traras qui domine la ville de Nedroma.
L'embuscade de Oued Diyène, les deux batailles du Filaoussène, celle de Aïn Fettah, les ratissages de l'armée coloniale, le siège d'une importante cache où s'étaient réfugiés 78 villageois de Ouled Berrached, les bombardements et la destruction sauvage des douars, la torture de citoyens dans les caves du 2ème Bureau, autant d'évènements, de souffrances et de sacrifices héroïques que l'auteur rapporte sur la foi de témoignages d'acteurs qui ont participé aux combats ou subi les exactions de l'armée coloniale, justement pour que jamais ne s'éteigne le souvenir d'une époque tragique de l'histoire d'un peuple fier qu'aucun ne pourra jamais asservir.
Dans le 2ème livre, «Nedroma, le massacre du lundi», Hammou nous raconte les douloureux évènements qui se sont déroulés sous les regards épouvantés de jeunes adolescents durant la funeste journée du lundi 12 août 1957 à Nedroma. « C'était le jour du marché hebdomadaire. Des vendeurs avaient déjà étalé leurs marchandises sur le sol ( ) Soudain, une détonation sèche se fit entendre près du marché couvert. Une panique incroyable s'empara de la foule. Les gens abandonnèrent tout sur place pour fuir dans un désordre indescriptible. Les gendarmes et les policiers de faction reçurent rapidement des renforts pour barrer le chemin aux fuyards. Des centaines de citoyens, hommes, femmes, enfants furent arrêtés et rassemblés sur la place du marché et sur le boulevard en bordure de «Es-sor».
L'auteur âgé alors d'une douzaine d'années a rassemblé tous ses souvenirs pour relater la sensibilité d'un jeune adolescent abasourdi, la folie meurtrière des tirailleurs sénégalais qui perpétrèrent l'épouvantable tuerie qui s'ensuivit. Et tout le mérite et le sublime de Hammou viennent en ce qu'il raconte le vécu avec ce regard d'un enfant de 12 ans.
Les deux récits sont conduits d'une façon étonnante, interrompus par des descriptions des lieux où se déroulent les évènements et par l'évocation des coutumes des Nédromis à cette époque, agrémentée parfois de savoureuses anecdotes. Et c'est précisément dans ces moments que l'on s'aperçoit que ce que veut transmettre l'auteur n'est pas seulement la mémoire de multiples tragédies, mais le vécu de toute une société, son histoire, ses traditions, ses croyances, et ce, d'autant plus qu'il voit avec une certaine nostalgie en s'effacer les traces.
Il a connu de l'intérieur la vie des confréries, « le makane des hbara », s'est imprégné de leur mystique. Hammou, très populaire dans la ville de Abdelmoumène, n'a pas droit à l'erreur, en racontant les coutumes urbaines et campagnardes. Ecrasé dans la foule, le lecteur s'évade dans ces évocations avant d'être brutalement rappelé à la sauvage réalité du présent.
Cette magie du récit est portée par une langue travaillée, ciselée et surtout recherchée dans ses expressions profondément imprégnées d'images et d'émotions comme si l'auteur voulait se venger de ces crimes abominables.
Dans une génération qui a vécu des moments historiques, les témoins deviennent rares. Ceux qui aujourd'hui apportent par écrit leur témoignage assument une tâche importante. Et il faut les remercier, ceux qui, comme Hammou, s'appliquent à rendre justice aux victimes du passé, à exprimer leur indignation face à leur sort, à transmettre la mémoire de leur vie, de leur terroir, pour des générations qui en ont reçu la liberté, l'indépendance et la fierté d'être eux-mêmes.
par Belbachir Djelloul LE QUOTIDIEN D'ORAN 02/07/11
M. le président. L'ordre du jour appelle l'examen de la proposition de résolution relative au séjour des étudiants étrangers diplômés, présentée, en application de l'article 34-1 de la Constitution, par Mme Bariza Khiari et plusieurs de ses collègues (proposition n° 95).
La parole est à Mme Bariza Khiari, auteur de la proposition de résolution.
Mme Bariza Khiari, auteur de la proposition de résolution. Monsieur le président, monsieur le ministre, mes chers collègues, comme vous le savez, la France a une très longue tradition d'accueil des étudiants étrangers. C'est pour elle une tradition ancienne, ce fut un pilier de sa diplomatie, c'est aujourd'hui un enjeu qui concerne aussi bien la francophonie, la vitalité universitaire que le développement de ses entreprises.
Le gouvernement de Lionel Jospin, bien conscient des intérêts multiples portés par les étudiants étrangers, avait mis en place une agence Edufrance, devenue depuis CampusFrance, pour améliorer l'attractivité de notre formation supérieure. Cette politique a été poursuivie par votre gouvernement, monsieur Raffarin.
L'actuel Président de la République semblait valider cette analyse, lui qui soulignait dans la lettre de mission adressée le 27 août 2007 au ministre des affaires étrangères : « Nous accordons la plus grande importance au développement de notre influence culturelle à l'étranger. Ce sont tout autant notre rôle dans le monde, l'avenir de nos industries culturelles et la diversité culturelle qui en dépendent ».
Dans cet hémicycle, nous sommes tous convaincus de la nécessité de maintenir une voix de la France dans un monde que la globalisation rend chaque jour plus complexe. Cela passe notamment par une politique d'influence et de rayonnement dont les étudiants étrangers sont un vecteur essentiel.
C'est dans cette perspective, et avec le souci de défendre notre rang dans la compétition universitaire internationale que nos collègues Monique Cerisier-ben Guiga et Jacques Blanc avaient, en 2005, présenté un rapport d'information insistant sur la nécessité d'une politique d'attractivité des étudiants internationaux et appelant à de multiples améliorations, pour la plupart réalisées depuis.
Les universités ont depuis mis en place un réel programme d'accueil, de formation et d'échange des étudiants étrangers.
Surtout, en 2006, un nouveau dispositif législatif, taillé sur mesure pour les étudiants étrangers, a été voté : l'article L.311-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le CESEDA. Il s'agissait de permettre aux étudiants diplômés d'obtenir une première expérience professionnelle post-formation en France, sans que la situation de l'emploi puisse leur être opposée. Le ministre de l'intérieur de l'époque, M. Sarkozy, présentait ce dispositif comme une illustration de sa politique d'immigration choisie.
Or, dans le droit fil du discours de Grenoble, voilà une circulaire qui réduit à néant des années d'efforts d'internationalisation de notre formation supérieure. Subitement, le slogan de l'immigration choisie a cédé la place à l'immigration zéro.
Voilà une circulaire dont les seules conséquences sont qualifiées de « stupides », d'« aberrantes » et d'« infamantes » par tous les acteurs concernés. Tous dénoncent les ravages causés à nos écoles, à nos universités, à la francophonie et à notre économie.
Monsieur le ministre, je constate que personne dans vos rangs – personne, je le souligne – n'a pris la défense de votre circulaire. Au contraire, un partage des rôles assez classique, avec M. Wauquiez dans le rôle du « gentil », vous a permis, pendant des mois, d'accréditer l'idée que cette circulaire relevait soit d'un malentendu, soit d'un zèle préfectoral spontané.
En réalité, cette volonté de détourner les étudiants de la destination « France » s'inscrit dans votre objectif de réduction des visas étudiants, comme vous l'avez publiquement rappelé le 1er septembre dernier, lors de la dix-neuvième conférence des ambassadeurs.
En premier lieu, je souhaite revenir sur trois arguments que vous avez soulevés pour justifier cette atteinte portée à notre attractivité. Ces arguments sont évidemment contestables de notre point de vue. Ils sont également contradictoires entre eux, affaiblissant par là même la validité de votre démonstration.
Le premier argument – celui des chiffres – est déroutant. En effet, il vise à établir que la mobilisation des étudiants est sans fondement puisque le nombre d'étudiants ayant obtenu leur changement de statut aurait augmenté. Le 17 novembre dernier, sur la chaîne de télévision LCI, vous évoquiez une augmentation de 35 % ; à présent, vous citez le chiffre de 17 % !
Toutefois, quoi de plus normal, de plus logique et de plus cohérent que le nombre des changements de statut d'étudiant à salarié progresse quand le nombre d'étudiants accueillis en master et en doctorat augmente, conformément aux objectifs que la France s'était fixés ? Cet argument est déroutant car il heurte de plein fouet votre autosatisfecit de la semaine dernière, concernant la baisse de l'immigration liée au travail.
Vous vous félicitiez d'avoir diminué l'immigration professionnelle de 26 % et vous maintenez que le nombre de changements de statut d'étudiant à salarié a augmenté. Qu'en est-il en réalité ? Qu'est devenu le discours de M. Sarkozy, qui souhaitait augmenter fortement l'immigration professionnelle, qu'il définissait, d'ailleurs à juste titre, comme un « rempart contre le racisme » ?
Mme Bariza Khiari. Cette volonté de limiter l'immigration professionnelle doit-elle dès lors se lire comme une capitulation devant le racisme ?
Le deuxième argument que vous invoquez est celui de la situation de l'emploi en France. Selon vous, la crise, le taux de chômage doivent nous inciter à réserver l'emploi aux Français et aux résidents réguliers.
Mme Bariza Khiari. Les étudiants concernés par la circulaire Guéant seraient donc une menace pour l'emploi. Là encore, cet argument ne résiste pas à l'examen des cas concernés.
La France compte aujourd'hui 285 000 étudiants internationaux, ce qui correspond à un flux annuel de 60 000 nouveaux étudiants étrangers. Parmi eux, 35 000 sont des extracommunautaires. La grande majorité d'entre eux – les deux tiers – partent à l'issue de leur diplôme. Sur les 10 000 qui restent, 6 000 environ obtiennent le changement de statut d'étudiant à salarié. Sur ces quelque 6 000 étudiants, seul un tiers est encore présent sur notre territoire dix années après leur année d'arrivée, soit 2 000 par an.
Ces chiffres parlent d'eux-mêmes : l'immigration choisie via des filières étudiantes d'excellence ne concerne au total que très peu de cas, quelque 2 000 par an, sur les 35 000 étudiants extracommunautaires accueillis chaque année. Il est par conséquent inexact de dire et de penser que les restrictions visant ces étudiants peuvent contribuer à faire baisser le chômage.
Par ailleurs, monsieur le ministre, avant même que vous ne contestiez ces chiffres, je souhaiterais connaître précisément le nombre d'autorisations provisoires de séjour, les APS, demandées et délivrées, ainsi que les données relatives aux demandes de cartes de séjour, ces informations ne nous ayant pas été communiquées.
Le troisième argument s'apparente à un argument d'autorité infondé et dépassé : celui du « pillage des cerveaux ».
Ce raisonnement que vous avez mis en avant dans la tribune d'un grand quotidien revient à faire passer ces étudiants pour des traîtres à leur pays, et ceux qui les soutiennent pour des pilleurs de matière grise, donc des escrocs. (M. le ministre manifeste son exaspération.)
Mme Bariza Khiari. Or ces étudiants ont été formés en France, et pour beaucoup – pas pour tous – tout ou partie de leurs études ont été financées par la collectivité nationale. Plutôt que de juger leur retour au pays natal au plus vite comme un impératif moral, il est de notre intérêt de considérer leur participation à notre dynamisme économique comme un juste retour sur investissement.
Non seulement l'argument du « pillage des cerveaux » ne devrait pas s'appliquer à des étudiants formés par nous mais, en outre, il s'agit d'un raisonnement en partie obsolète, né dans les années 1950.
Depuis lors, la mondialisation des échanges et notamment l'accélération des mobilités ont sensiblement modifié la thèse initiale. Aujourd'hui, les migrants les plus qualifiés se déplacent fréquemment, séjournant parfois dans plusieurs pays. En d'autres termes, ils n'ont pas nécessairement vocation à demeurer durablement en France, ni même ailleurs, car ils sont très mobiles.
Enfin, cet argument est démenti par les faits : de plus en plus d'études soulignent en effet que les pays en voie de développement ne perdent pas mais gagnent à cette circulation de leurs migrants. De fait, pour reprendre l'expression d'un économiste indo-américain, Jagdish Bhagwati, spécialiste des problèmes du commerce international et du développement, « le cerveau peut fuir plus vite en restant assis au mauvais endroit ».
Mme Bariza Khiari. Dans le cas présent, ce n'est pas le pillage des cerveaux qu'il nous faut redouter, mais leur gaspillage.
Pour démontrer la faiblesse de cet argument, je souhaite également souligner qu'il est à géométrie variable. De fait, la semaine prochaine, comme M. le président vient de nous le confirmer, nous allons examiner la situation des médecins titulaires de diplômes extracommunautaires.
Mme Bariza Khiari. Ceux-là n'ont pas obtenu leur diplôme en France, mais ils exercent dans nos hôpitaux. Parlera-t-on du pillage des cerveaux à cette occasion ? Ou bien admettra-t-on que ces médecins présentent un double intérêt : premièrement, qu'ils sont indispensables à notre système de santé,…
Mme Bariza Khiari. .… et, deuxièmement, qu'en tant que variable d'ajustement du budget de nos hôpitaux ils nous sont très utiles, et qu'il est donc préférable de les garder tout en les maintenant malgré tout – et on ne peut que le regretter – dans une grande précarité administrative ?
Dès lors, votre argument du pillage des cerveaux, destiné à nous faire taire, se révèle bien opportuniste.
Vos arguments sont faibles, monsieur le ministre, tandis que les conséquences de la circulaire du 31 mai sont dévastatrices pour notre économie, nos écoles et nos universités, mais aussi pour des milliers d'étudiants.
Cette fameuse circulaire du 31 mai visait à préciser l'application de la loi CESEDA, adoptée par le Parlement en 2006.
En enjoignant les préfets d'instruire avec rigueur les demandes de changement de statut, vous leur demandiez en réalité d'appliquer une politique du chiffre aboutissant à chasser du territoire des polytechniciens, des diplômés d'HEC, des centraliens et beaucoup d'ingénieurs : vous ne pouvez pas affirmer le contraire ! (M. François Patriat acquiesce.)
Il fallait que les faits soient particulièrement accablants pour qu'une poignée d'étudiants, à l'aide des réseaux sociaux, parviennent à susciter une telle mobilisation : leur pétition a été signée par des milliers d'artistes, d'intellectuels, de scientifiques, d'universitaires qui sont choqués qu'on renvoie, et c'est leur expression, « des Marie Curie à la frontière ». C'est l'image qu'ils ont en tête.
Mes collègues de la majorité reviendront plus longuement sur les conséquences catastrophiques qu'engendrera cette circulaire pour la recherche, les universités, les écoles d'ingénieurs, les grandes écoles, mais aussi pour la grandeur de la France.
Mme Bariza Khiari. Des années de progrès en matière d'attractivité ont été réduites à néant alors même que la France recule du troisième au quatrième rang concernant le nombre d'étudiants étrangers accueillis. Les trois premières places sont désormais occupées par des pays anglophones : cette dégradation est un coup dur porté à la francophonie.
Mme Bariza Khiari. De plus, pour les étudiants étrangers concernés, ces derniers mois furent un véritable cauchemar administratif. Certains ont été contraints à un retour anticipé et précipité dans leur État d'origine, certains ont choisi d'accepter des offres dans d'autres pays – nous sommes, en effet, dans un système concurrentiel – d'autres, enfin, ont malheureusement été conduits à entrer dans la clandestinité. Quel que soit le cas de figure, le mal est fait, et je souhaite ici me faire l'écho d'une des grandes indignités de notre République : le traitement des étrangers dans les préfectures.
Monsieur le ministre, dans un pays comme le nôtre, il est indigne que des hommes et des femmes soient obligés de se lever au milieu de la nuit pour aller faire la queue devant une préfecture ou une sous-préfecture sans même avoir la certitude d'être reçus par le fonctionnaire en charge des dossiers de titres de séjour.
Mme Bariza Khiari. Il est anormal que les horaires d'ouverture et de fermeture de ces services puissent changer fréquemment, dans le seul but de perturber les démarches.
Il est anormal que des décisions administratives auxquelles des vies sont suspendues soient aussi inconséquentes dans leurs motivations.
Au sein des préfectures, le service des étrangers est une zone de tensions permanentes. Les fonctionnaires préfectoraux sont transformés, bien malgré eux, en agents d'administration de l'arbitraire, de l'humiliation et du contournement du droit. C'est inacceptable, aussi bien pour ces agents de la fonction publique que pour le public accueilli. (Applaudissementssur les travées du groupe socialiste.)
Mme Bariza Khiari. Monsieur le ministre, ce qui nous distingue, ce n'est pas le fait de savoir si on accueille ou non tout le monde : le parti socialiste n'a aucune peur à dire que la France ne peut être un pays d'immigration dérégulée.
Non, ce qui nous sépare, c'est le traitement indigne des migrants. Il ne s'agit pas d'ouvrir grand les portes mais d'établir et de respecter des critères durables, lisibles par tous, des critères justes et pertinents, à l'opposé de cette politique de roulette russe qu'implique la logique du chiffre : faut-il ou non refuser 50 % des dossiers ? Et que se passe-t-il quand 70 % d'entre eux devraient, en toute logique, être acceptés au regard de leur qualité ? C'est alors le règne de l'arbitraire et de l'injustice.
Monsieur le ministre, voyons ensemble si la nouvelle circulaire constitue ou non une avancée. Est-elle en mesure de restaurer l'attractivité de la France, de rendre aux universités et grandes écoles françaises des arguments à l'attention de leurs partenaires des universités étrangères, de sécuriser les entreprises qui ont besoin de ces profils et compétences particuliers ?
Vous demandez aux préfets de passer de la rigueur au discernement, mais les ambigüités ne sont pas levées.
Très sincèrement, la nouvelle circulaire n'est à la hauteur ni des enjeux, ni des attentes. Le mal est fait et cette situation ne laisse rien augurer de bon pour l'avenir : déjà, les étudiants de la nouvelle promotion, ceux qui doivent obtenir leur diplôme à la fin de cette année universitaire, peinent à trouver leurs stages de fin d'études tant les entreprises sont échaudées par l'instabilité et l'insécurité juridique. (Mme Corinne Bouchoux acquiesce.)
Non, mes chers collègues, ce n'est pas l'avancée que nous attendions. La nouvelle circulaire a certes un mérite, je vous le concède, monsieur le ministre : celui de répondre, et encore provisoirement, à la situation des centaines d'étudiants diplômés faisant l'objet d'une « obligation de quitter le territoire ». Toutefois, ce texte ne permet pas de répondre aux critiques que les étudiants étrangers adressent à l'article L. 311-11 du CESEDA, relatif à l'autorisation provisoire de séjour.
Au sujet de cet article, il faut dire qu'il est tout de même curieux, et à première vue incompréhensible, que les étudiants étrangers aient si peu recours à ce dispositif, pourtant censé leur être favorable.
Le diable étant dans les détails, c'est en étudiant les aspects réglementaires et procéduraux se rattachant à cette mesure que l'on se met à douter : l'autorisation provisoire de séjour est-elle réellement conçue pour fonctionner ? Pour l'obtenir, il faut en formuler la demande quatre mois avant l'expiration du titre de séjour étudiant, ce qui pose un problème de taille : à cette date, l'étudiant n'est pas encore titulaire de son diplôme. Or, pour demander l'APS, il faut présenter son diplôme... (Exclamations sur les travées du groupe socialiste.)
Mme Bariza Khiari. Par ailleurs, l'intérêt premier de l'APS est d'accorder six mois de séjour aux jeunes diplômés pour leur permettre de trouver du travail. Or, jusqu'à présent, ces étudiants recevaient des offres d'emploi avant même d'avoir leur diplôme !
Enfin, à aucun moment la notion de « première expérience professionnelle » n'est définie. Le fait de changer d'intitulé de poste dans la même entreprise marque-t-il, par exemple, la fin d'une première expérience ? Peut-on affirmer, comme M. Wauquiez, qu'une première expérience professionnelle se caractérise par une durée de dix-huit mois maximum ?
La nouvelle circulaire ne précise pas ces points et fixe même une condition supplémentaire : l'attestation conjointe employeur-établissement de formation, laquelle sera facilement attribuée aux élèves des grandes écoles, mais plus difficile à obtenir pour les étudiants d'université.
C'est pourquoi les conditions ne sont toujours pas réunies pour inciter les étudiants à privilégier cette option. De toute évidence, la réglementation relative à l'application de l'article L. 311-11 dénature la volonté du législateur et s'apparente à un contournement du droit. C'est pourquoi les étudiants diplômés continueront, pour 95 % d'entre eux, à demander un changement de statut plutôt que l'APS.
Concernant le changement de statut, on déplore encore trop d'ambigüités, d'autant plus que, jusqu'au 31 mai dernier, il était rare que la demande d'un étudiant étranger diplômé à un niveau bac+5 – polytechnicien, diplômé d'HEC, ingénieur, titulaire d'un contrat ou d'une promesse d'embauche – soit refusée dans les conditions ubuesques qui nous ont été rapportées. L'application d'une politique du chiffre à l'examen de ces dossiers a engendré une situation aberrante.
En vérité, mes chers collègues, la circulaire « Guéant 1 » n'était pas le fruit d'un malentendu. Elle ne résultait ni d'un manque de perspicacité ni d'un manque de clairvoyance, mais probablement d'un simple calcul électoral. Ce dernier ne vous a manifestement pas profité et a eu pour effet collatéral de saborder les intérêts de la France. C'est pourquoi certains ont pu qualifier ce texte de faute économique. La nouvelle circulaire, pour sa part, entretient des ambiguïtés qu'il aurait fallu dissiper.
Vous me permettrez donc, monsieur le ministre, de vous poser quelques questions, afin que vous puissiez clarifier vos intentions.
En ce qui concerne l'application de l'article L. 311-11 du CESEDA, comptez-vous modifier le calendrier pour la procédure de demande d'APS ?
Comment définissez-vous une première expérience professionnelle ?
Surtout, pouvez-vous confirmer que la situation de l'emploi ne pourra être opposée aux demandes de renouvellement des titres de séjour ?
Pour ce qui concerne l'examen des demandes de changement de statut d'étudiants à salariés, pouvez-vous confirmer que des critères tels que l'intérêt stratégique de l'entreprise, la mobilité encadrée, l'excellence du parcours du candidat prévaudront sur la situation de l'emploi ? Autrement dit, les dossiers seront-ils examinés au regard de l'attractivité de nos universités et de nos entreprises, ou simplement au regard de la situation de l'emploi ?
Quelle est l'articulation entre les deux circulaires ? Puisque vous ne faites pas mention d'un remplacement de la première par la seconde, les préfectures pourront-elles toujours faire référence à la première ?
Pourquoi faire de Pôle emploi le référent en matière de situation de l'emploi alors même que cet organisme n'a plus de monopole dans ce domaine et que les entreprises concernées par ces profils spécifiques n'y ont pas recours ?
Enfin, qu'adviendra-t-il des quelque 700 étudiants qui ont déposé leur dossier ? À ce jour, soit ils n'ont pas encore eu de réponse, soit ils ont obtenu une réponse négative, souvent sans fondement. Leur dossier sera-t-il examiné d'office ou devront-ils recommencer l'ensemble de la procédure et s'acquitter une fois de plus des frais de dossier ? À qui doivent-ils s'adresser dans ce dernier cas ? Enfin, quel est le sort des étudiants qui avaient une promesse d'embauche, mais qui n'en disposent plus ?
Les étudiants et leurs employeurs attendent des réponses précises sur ces questions.
De toute évidence, la nouvelle circulaire ne résout ni les difficultés de mise en œuvre de l'autorisation provisoire de séjour ni les incertitudes entourant les critères recevables lors d'une demande de changement de statut. C'est pourquoi nous appelons non seulement à un retrait des deux circulaires, mais aussi à une nouvelle rédaction, moins restrictive, de l'article L. 311-11 du CESEDA relative à l'APS.
À regrets, la France constate depuis quelques mois que sa destinée est en partie entre les mains des agences de notation internationales. Nous le voyons tous : la mondialisation, réduite à sa seule dimension économique et financière, constitue, en l'absence de régulation, un facteur de désordre planétaire.
Pour le groupe socialiste, il est urgent de transformer la mondialisation en civilisation. C'est à cette seule condition que nous parviendrons à lutter contre le « choc des ignorances » qui gangrène notre avenir commun. L'accueil et la formation des étudiants étrangers, mais aussi la mise en œuvre d'une nouvelle politique des migrations, et non plus d'une politique d'immigration, fondée sur des critères justes, pertinents, lisibles et durables, répondent à cet impératif d'une mondialisation humanisée. Cela participe de notre ambition d'une France plus forte, contrairement à une politique du chiffre, qui, je le répète, est une défaite de la pensée.
Mme Bariza Khiari. Notre politique migratoire doit prendre en compte le rayonnement international de la France, la vitalité de la recherche, l'attractivité de nos grandes écoles et de nos universités, la compétitivité de nos entreprises ainsi que la dignité de la personne humaine.
À cet égard, les étudiants étrangers sont une richesse, et non un fardeau.
En votant cette proposition de résolution, mes chers collègues, vous réaffirmerez votre attachement au rayonnement de la France et de la francophonie et votre fidélité aux valeurs de notre République.
En plus d'être les meilleurs ambassadeurs et prescripteurs de nos produits, les étudiants que nous formons chez nous deviennent aussi les meilleurs vecteurs de nos valeurs dans le monde. (Applaudissementssur les travées du groupe socialiste, du groupe écologiste et du groupe CRC, ainsi que sur certaines travées du RDSE.)
Mme Françoise Laborde. Monsieur le président, monsieur le ministre, mes chers collègues, la France a une longue tradition d'accueil, qui contribue à attirer les étudiants étrangers.
Ils sont environ 260 000 à choisir notre pays, car ils en apprécient l'histoire, la culture, les valeurs, mais aussi la qualité de l'enseignement, et cela même si nous ne nous classons plus qu'au quatrième rang mondial pour l'accueil des étudiants étrangers.
Cette politique a des conséquences très positives non seulement pour la France, mais également pour le pays d'origine de l'étudiant. Elle participe notamment au développement économique et culturel, dans les deux sens. Les étudiants étrangers formés en France acquièrent une double culture, qui facilite les échanges internationaux.
D'un point de vue économique, si l'on se place dans une logique mercantile, cela favorise la compétitivité de la France sur le marché intérieur des pays dont les étudiants sont originaires. Pour en mesurer les effets, il faut cependant raisonner à long terme, et pas seulement par le petit bout de la lorgnette.
D'un point de vue culturel, cela contribue à la compréhension mutuelle entre les nations et à la connaissance entre les peuples – à la paix, en quelque sorte. Vous me direz que ces données ne se mesurent pas en euros sonnants et trébuchants. En effet, il est question du rayonnement de la France et de la communauté francophone, des artistes, des intellectuels, des chercheurs, mais aussi, tout simplement, des familles.
Dans cette logique, il est absolument nécessaire de conserver, mais aussi de développer davantage encore les partenariats avec les universités étrangères, qui permettent aux jeunes étudiants étrangers ou français d'acquérir un esprit d'ouverture et d'instituer un partage des connaissances à double sens. Or, pour ce faire, il faut continuer à accueillir en France ces jeunes dotés d'un fort potentiel.
Leur interdire de poursuivre une première expérience professionnelle en France a déjà une conséquence négative sur ces partenariats et sur le choix des futurs étudiants, qui préféreront se tourner à l'avenir vers les États-Unis, le Canada, l'Australie ou d'autres États européens.
Depuis le 31 mai 2011, dans notre pays, de nombreux étudiants étrangers perdent leur travail en raison d'une simple circulaire. Contraints de quitter leur emploi et parfois la France, ces étudiants bénéficiaient pourtant de contrats de travail ou de promesses d'embauche. Les entreprises prêtes à les recruter subissent un manque à gagner ; elles perdent une main-d'œuvre hautement qualifiée et connaissent une période d'incertitude. Peuvent-elles recruter des jeunes diplômés étrangers ? Ces derniers risquent-ils de se voir opposer un refus d'autorisation de séjour par l'administration ?
La présente proposition de résolution a pour objet d'inviter le Gouvernement au respect de la loi du 24 juillet 2006 relative à l'immigration et à l'intégration, qui offre aux diplômés étrangers la possibilité d'effectuer une première expérience professionnelle en France à la suite de leurs études. Elle ne concerne que les titulaires d'un diplôme de niveau bac+5 ou supérieur. En vertu de la loi, ces jeunes diplômés disposent de six mois non renouvelables pour conclure un contrat de travail ou obtenir une promesse d'embauche.
Il s'agit en fait d'un changement du contenu même de la loi. Je rappelle, mes chers collègues, que la situation de l'emploi n'est pas opposable aux diplômés étrangers lorsque leur salaire est supérieur à une fois et demie le SMIC.
Il n'est pas acceptable de demander aux préfectures d'appliquer des instructions qui méconnaissent la loi. L'application de la loi, telle qu'elle a été adoptée, est suffisante. Je rappelle au Gouvernement que la circulaire est un instrument qui doit éclairer l'application de la loi et non pas la dénaturer. En la matière, cette circulaire apporte plus de confusions que d'éclaircissements.
Le Gouvernement a dû réaliser son erreur, ce qui l'a conduit à adopter une nouvelle circulaire, désignée comme « circulaire complémentaire », en date du 12 janvier 2012. Si le réexamen prioritaire des dossiers déposés depuis le 1er juin 2011 est positif, il n'en demeure pas moins que la circulaire ne mentionne pas le cas de diplômés étrangers qui sont déjà rentrés chez eux. Qu'en est-il de ceux qui ont perdu leur emploi ? Ces conséquences dommageables ne sont pas réparables.
Compléter une circulaire incohérente par une autre circulaire ambiguë ne résout rien. Cela ne fait que compliquer le travail des préfectures et accroître l'incertitude des diplômés, des universités et des entreprises. Ce changement de position ne fait que rendre opaque les conditions de la délivrance des autorisations provisoires de séjour et des cartes de séjour mention « salarié » pour les jeunes diplômés étrangers. Pendant cinq ans, les préfectures n'ont pas eu besoin de circulaires pour appliquer la loi, qui est très claire.
L'article L. 311-11 du CESEDA dispose en effet que, « à l'issue de cette période de six mois [correspondant à la durée de l'autorisation provisoire de séjour], l'intéressé pourvu d'un emploi ou titulaire d'une promesse d'embauche, satisfaisant aux conditions énoncées ci-dessus, est autorisé à séjourner en France pour l'exercice de l'activité professionnelle correspondant à l'emploi considéré ». Cet article précise en outre qu'il est autorisé à séjourner en France « sans que lui soit opposable la situation de l'emploi ».
Tout est dit ! Le Gouvernement a tenté, par sa première circulaire, d'opposer à ces ressortissants étrangers la situation de l'emploi, là où elle ne pouvait l'être en vertu du CESEDA.
Si la volonté du Gouvernement est de modifier l'état du droit, il lui suffit de présenter un énième projet de loi en ce sens... Mais encore faut-il que le Parlement l'adopte !
Ces circulaires contredisent donc l'esprit de la loi de 2006, dont je vous rappelle pourtant, mes chers collègues, qu'elle a été prise sur l'initiative du Président de la République actuel, alors ministre de l'intérieur.
Pour combler cette amnésie persistante, je reprends les termes du rapport de la commission des lois du Sénat sur ce texte, lequel qualifiait d'« absurde » le principe du retour de l'étudiant étranger dans son pays d'origine à la fin de ses études. Il ajoutait que les diplômés étrangers représentent un potentiel de croissance inexploité qui profiterait à l'ensemble de l'économie française.
Votre circulaire, monsieur le ministre, va à contresens de l'histoire de notre pays et de l'héritage des Lumières dont nous sommes si fiers. Elle n'est malheureusement pas un dispositif isolé ; je pense notamment au relèvement du plafond de ressources exigées des étudiants étrangers dans le décret du 6 septembre 2011 ou à l'augmentation de la taxe de renouvellement des titres de séjour étudiant dans la loi de finances pour 2012.
Ces coups de boutoir contribuent inexorablement à fragiliser et stigmatiser les populations concernées, au lieu de les considérer comme une ressource et un atout pour notre pays. Avec cette politique, vous contribuez à mettre fin, purement et simplement, au rayonnement culturel de la France.
Pire, vous invitez les autres pays à faire œuvre de réciprocité. Je ne serais pas surprise que les étudiants français à l'étranger en pâtissent à l'avenir. Certains pays ne tarderont pas à les accueillir avec aussi peu d'enthousiasme et de considération que le fait notre pays.
C'est pourquoi, dans le respect des principes humanistes et universels auxquels nous sommes profondément attachés, la majorité du groupe RDSE adoptera la présente proposition de résolution de notre collègue Bariza Khiari en faveur des diplômés étrangers qui ont choisi la France. (Applaudissementssur les travées du RDSE, ainsi que sur les travées du groupe socialiste, du groupe écologiste et du groupe CRC. – Mme Sylvie Goy-Chavent applaudit également.)
Le Bougnoulosophe est « un nom multiple », car mieux que quiconque, il sait que « je est un autre » et que l'Autre est un « je » potentiel. Pour lui, la séquence historique qu'a été la colonisation européenne est un moment charnière de l'humanité. Et il entend en tirer toutes les conséquences - toutes ! [...]
On a fêté en 2011 le cinquantième anniversaire de la mort de Frantz Fanon. Ses trente-six années de vie furent une traversée, intense et fulgurante, du siècle. Pour le dire avec Césaire : « Vie courte mais extraordinaire, illuminant une des plus atroces tragédies du 20e siècle et illustrant de manière exemplaire la condition humaine elle-même, la condition de l'homme moderne. »[1]
O
n le sait, les commémorations sentent la naphtaline. Elles incarnent à la fois la mort et la trahison. Elles sont la meilleure manière d'en finir avec une personnalité qui dérange, une pensée qui gêne. Une fois que la réduction à une catégorie dépassée - le tiers-mondisme par exemple - n'agit plus, une fois que la conspiration du silence - « Frantz Fanon, mais qui c'est ? » - a fait son temps et démontré son inefficacité manifeste, il reste l'hommage. C'est de loin la meilleure et la plus intelligente façon de conjurer cette pensée.
Eh bien, n'en déplaise, l'objet Fanon, œuvre et homme, pensée et chair, par sa singularité, ne supporte ni le silence, ni la réduction ni les hymnes ; il n'est jamais là où on l'attend, il ne rentre pas dans une case définie, ne supporte pas les étiquettes et ne passe pas inaperçu. En un mot, il est intempestif. C'est-à-dire qu'il agit « d'une façon inactuelle, donc contre le temps, et par là même sur le temps, en faveur d'un temps à venir » (Nietzsche[2]). Autrement dit, si Fanon et sa pensée déroutaient hier et déroutent aujourd'hui, ils dérouteront encore demain, qu'on se le dise...
Frantz Fanon, une vie
Né le 25 juillet 1925 en Martinique, dans une famille de la petite bourgeoisie « de couleur », Frantz Fanon fréquente le lycée Schœlcher où il a comme professeur Aimé Césaire. En 1943, à 18 ans, il rejoint les Forces françaises libres en métropole — il combattra notamment lors de la bataille d'Alsace, où il sera blessé et décoré de la Croix de guerre. La Martinique est alors sous le contrôle de l'Amiral Robert, un haut-commissaire autoritaire rallié à Vichy.
En 1946, il poursuit des études de médecine et de philosophie à Lyon. Il propose Peau noire, masques blancs comme thèse, mais elle est refusée. En novembre 1953, Frantz Fanon est nommé médecin-chef à l'hôpital psychiatrique de Blida-Joinville en Algérie. Il en démissionne avec fracas à la fin de 1956. Expulsé d'Algérie en janvier1957, il gagne Tunis. Fanon rompt définitivement avec la France et se met au service du FLN, dont il devient le porte-parole, avant d'être nommé ambassadeur du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA), à Accra (Ghana)[3].
Rédacteur au journal officiel de la Révolution algérienne, El Moudjahid, il échappe à plusieurs attentats, attribués notamment à La main rouge [4]. Fin 1960, Fanon apprend qu'il est atteint de leucémie depuis quelques mois.
En juillet 1961, il remet à François Maspero un manuscrit dicté en moins de trois mois et intitulé : Damnés de la terre qui sera lui aussi interdit lors de sa diffusion en 1961, pour « atteinte à la sécurité du territoire» cette fois-ci. Frantz Fanon décède le 6 décembre 1961, à l'âge de 36 ans. Il est enterré clandestinement en terre algérienne au cimetière des Chouahada de Aïn Kerma, selon sa volonté.
La réception de son œuvre entre interprétations et réductions
Ce fut la France qui utilisa avec le plus de persévérance la stratégie du silence. Si elle opposa le silence à l'oeuvre de Fanon, Damnés de la terre ne passa toutefois pas inaperçu. Le livre a suscité des réactions contrastées, et l'on ne peut pas dire qu'elles aient été mues par les meilleures intentions. Par exemple, en mars 1962, on pouvait lire un compte rendu de Gilbert Comte dans la Nation Française, intitulé sobrement : « Un Mein Kampf de la décolonisation. » Très vite, toutefois, l'œuvre de Fanon a été recouverte d'amnésie et de cette chape de plomb qui caractérise le traitement de la guerre d'indépendance algérienne en France.
L'ironie présida au retour en visibilité de l'œuvre de Fanon en France. Elle fut le fait, d'une part, d'un détour par le monde anglo-saxon et, d'autre part, d'une « réappropriation autodidacte des jeunes générations issues de l'immigration [5]».
Pour ce qui est du détour, l'intérêt pour Fanon aux États-Unis a été constant. Il se fit en deux temps et sous deux formes. L'une militante, l'autre théorique. Dès la fin des années 60, Fanon sera perçu par les Noirs américains comme un théoricien majeur de la lutte contre la ségrégation raciale, que ce soit par les mouvements pour les droits civiques ou les mouvements révolutionnaires afro-américains, tels que les Black Panthers, pour qui les Damnés de la terre était la Bible noire. [Lire « Frantz Fanon: année cinquante de la vie américaine », dans ce numéro de Minorités]
La seconde phase correspond au tournant postcolonial dans le champ intellectuel anglo-saxon des années 80. Et il est vrai que « le Fanon « postcolonial » est, à bien des égards, « une image inversée du Fanon ‘ révolutionnaire' des années 1960»[6]. Les tenants les plus importants de ce courant, Edward Saïd, Homi K. Bhabha, soucieux de décentrement cognitif et de questionnements autour des identités, faisaient de l'œuvre de Fanon une référence majeure, et tout particulièrement de Peau noire, masques blancs, relu à l'aune de la French theory, à savoir Foucault, Lacan, Derrida, Deleuze...
La réappropriation de l'œuvre de Fanon par les jeunes descendants de colonisés se fit de manière insolite et buissonnière. Les jeunes générations postcoloniales découvrirent Frantz Fanon à la suite de la lecture d'auteurs noirs américains, auxquels elles pouvaient s'identifier et auxquels il fut associé : Malcolm X, James Baldwin, Angela Davis, Eldridge Cleaver... C'est notamment le cas du « Rap de fils d'immigrés » [7] (La Rumeur, Casey, MAP-ZEP etc.). Et c'est là qu'on peut mesurer les conséquences du naufrage, des errements et des manquements de la gauche française. Aujourd'hui encore, il n'est pas concevable d'inclure Fanon dans un programme d'enseignement scolaire français. [Lire : Frantz Fanon IS, dans ce numéro de Minorités]
Il est deux autres lieux, emblématiques, où la réception de l'œuvre de Fanon a relevé également de la stratégie d'occultation, sous un mode particulier, teinté d'opacité et de mauvaise conscience. Il s'agit de l'Algérie et de la Martinique. Pour l'Algérie, c'est peu dire qu'elle n'a pas été à la hauteur. Que reste-t-il de celui qu'on considérait de l'extérieur, pour de bonnes ou mauvaises raisons, comme le théoricien de la Révolution algérienne ? Un hôpital de Blida, une avenue d'Alger et un lycée de Bab-El-Oued portent son nom.
C'est non seulement un peu court, mais pour le moins révélateur. Cela met en lumière deux aspects de l'histoire contemporaine algérienne. D'une part, le nationalisme algérien, apparu dans les années '30, s'est défini comme « arabo-musulman ». Et dans ce creuset, Fanon ne pouvait apparaître que comme un trouble-fête. D'autre part, la Révolution algérienne, malgré, ou du fait, des divisions internes du FLN, s'est toujours présentée idéologiquement comme une révolution sans visage («un seul héros, le peuple »). Aussi comment être le théoricien de cette révolution-là ?
Pour la Martinique, si les hommages ne manquent pas (avenue, centre culturel, forum, lycée…) dans différentes communes (Fort-de-France, Le Lamentin, La Trinité), la figure de Fanon a une présence fantomatique, imprégnée de mauvaise conscience. On y reconnaît la figure du traître. Fanon, c'est celui qui a trahi la Martinique (et donc la France), et c'est celui qu'on a trahi. En réalité, Fanon ne s'inscrit pas dans l'histoire officielle de l'Île, celle de l'« Impératrice Joséphine » et de Victor Schœlcher, soit une histoire essentiellement écrite par la France métropolitaine. Sa trajectoire prend place dans une contre-histoire, une histoire clandestine, qui se lit en creux, occultée elle aussi, celle des nègres marron [8], qui reste à narrer. Cette contre histoire s'ébauche aujourd'hui sous la plume de romanciers tels Édouard Glissant, Patrick Chamoiseau et Raphaël Confiant. Frantz Fanon fut l'héritier d'une vielle et obscure filiation. Il fut le nègre marron dont l'île imaginaire avait la taille du tiers-monde ; si trahison il y a, c'est là qu'elle réside…
La stratégie de la « réduction », quant à elle, fut de loin la plus employée. On peut lire l'histoire de la réception de la pensée fanonienne comme un ensemble de réductions successives. Elle a été tour à tour une pensée tiers-mondiste, « psychologisante », par le biais de la fameuse préface de Sartre des Damnés de la Terre, une apologie véhémente de la violence purificatrice, panafricaniste, racialiste, culturaliste, marxisante...
Cette stratégie a servi deux objectifs. D'une part, embrigader, instrumentaliser cette pensée qui pourtant était complexe et vivante, afin de défendre sa cause, de conforter sa paroisse ; ce fut le fait le plus souvent des militants en tous genres. D'autre part, réifier et donc affaiblir cette pensée. Elle en atténua de ce fait les effets et la portée, au plus grand bonheur des ennemis de Fanon. Bref, derrière cette esthétique du contre-sens, il s'agissait, quelle qu'en soit la raison, de travestir et au final de trahir la pensée fanonienne.
« Ô mon corps, fais de moi toujours un homme qui interroge »
Car rien n'était plus éloigné de Fanon que les certitudes et l'absence de doute. Le caractère intempestif de sa pensée, c'était précisément la faculté de penser contre son temps et ses assignations naturelles. Car à bien y regarder, Fanon ne fut jamais un membre parfaitement intégré dans un corps collectif déjà constitué. Comment définir Fanon, qui fut-il : un « Antillais », un « Français », un « Algérien » », un « Panafricain », un « Noir »... ? Si, en définitive, il décida d'adopter la nationalité algérienne, avant qu'elle n'existe, et exprima le souhait d'être enterré en Algérie, ce fut une forme de reterritorialisation qui était le fruit d'un choix, d'un volontarisme politique.
Ce caractère intempestif et ses conséquences éclairent d'un jour nouveau les fondements de la pensée fanonienne. Celle-ci repose sur une certaine conception du vivant, elle se présente comme une praxis de l'émancipation et de la liberté, elle entretient un rapport aigu au réel, elle s'inscrit dans une dialectique de la totalité et elle porte un intérêt fondamental au devenir et à l'histoire.
Elle est, tout d'abord, une pensée sous le signe du vivant et du mouvant. Ainsi, Fanon a une sainte horreur de la rigidité, de l'ankylose, de la pétrification et du substantialisme :
« J'appelle société bourgeoise toute société qui se sclérose dans des formes déterminées, interdisant toute évolution, toute marche, tout progrès, toute découverte. J'appelle société bourgeoise une société close où il ne fait pas bon vivre, où l'air est pourri, les idées et les gens en putréfaction. Et je crois qu'un homme qui prend position contre cette mort est en un sens un révolutionnaire… [9] »
Elle est ensuite une pensée qui vise à la libération et l'émancipation, notamment en fournissant des outils de lutte, des armes (d'où le « Guerrier-silex » cher à Césaire), une pensée qui libère du fardeau de la race et se débarrasse du devenir-chose, mais sans une once de ressentiment : « L'occupant ne comprend plus. La fin du racisme commence avec une soudaine incompréhension. La culture spasmée et rigide de l'occupant, libérée s'ouvre enfin à la culture du peuple devenu réellement frère. Les deux cultures peuvent s'affronter, s'enrichir. [10]»« Oui à la vie. Oui à l'amour. Oui à la générosité. Mais l'homme est aussi un non. Non au mépris de l'homme. Non à l'indignité de l'homme. À l'exploitation de l'homme. Au meurtre de ce qu'il y a de plus humain dans l'homme : la liberté. [11]»
Elle est également une pensée féconde qui permet un surcroît de lucidité, qui ne redoute pas de mettre le doigt là où ça fait mal, une pensée qui développe une imagination visionnaire, laquelle n'a pas fini de nous étonner : « Le peuple, qui au début de la lutte avait adopté le manichéisme primitif du colon : les Blancs et les Noirs, les Arabes et les Roumis, s'aperçoit en cours de route qu'il arrive à des Noirs d'être plus Blancs que les Blancs et que l'éventualité d'un drapeau national, la possibilité d'une nation indépendante n'entraîne pas automatiquement certaines couches de la population à renoncer à leurs privilèges ou à leurs intérêts. Le peuple s'aperçoit que certains indigènes ne perdent pas le nord mais bien au contraire, semblent profiter de la guerre pour renforcer leur situation matérielle et leur puissance naissante. Les Indigènes trafiquent et réalisent de véritables profits au dépend du peuple qui, comme toujours, se sacrifie sans restrictions et arrose de son sang le sol national. Le militant qui fait face, avec des moyens rudimentaires, à la machine colonialiste se rend compte que dans le même temps où il démolit l'oppression coloniale il contribue par la bande à la mise en place d'un autre appareil d'exploitation. Cette découverte est désagréable, pénible et révoltante. Tout était simple pourtant, d'un côté, les mauvais, de l'autre les bons. À la clarté idyllique et irréelle du début, se substitue une pénombre qui disloque la conscience. Le peuple découvre que le phénomène inique de l'exploitation peut présenter une apparence noire ou arabe. Il crie à la trahison, mais il faut corriger ce cri. La trahison n'est pas nationale, c'est une trahison sociale. Il faut apprendre au peuple à crier au voleur... [12]».
Elle est par ailleurs une pensée qui vise à l'unité dialectique, une pensée qui cherche à en finir avec le « schème colonial du double », en associant le discours à l'action, le fond à la forme, une pensée coup de poing, au sens prodigieux de la formule, où le verbe se fait performatif. : « Peut-être partiras-tu, mais dis-moi, quand on te demandera : « Que se passe-t-il en Algérie ? » Que répondras-tu ? Quand tes frères te demanderont : qu'est-il arrivé en Algérie ? Que leur répondras-tu ? Plus précisément quand on voudra comprendre pourquoi tu as quitté ce pays, comment feras-tu pour éteindre cette honte que déjà tu traînes ?Cette honte de n'avoir pas compris, de n'avoir pas voulu comprendre ce qui autour de toi s'est passé tous les jours. Huit ans durant tu fus dans ce pays. Et pas un morceau de cette énorme plaie qui t'ait empêché ! Et pas un morceau de cette énorme plaie qui t'ait obligé ! De te découvrir enfin tel. Inquiet de l'Homme mais singulièrement pas de l'Arabe. Soucieux, angoissé, tenaillé. Mais en plein champ, ton immersion dans la même boue, dans la même lèpre. Car pas un Européen qui ne se révolte, ne s'indigne, ne s'alarme de tout, sauf du sort fait à l'Arabe. Arabes inaperçus. Arabes ignorés. Arabes passés sous silence. Arabes subtilisés, dissimulés. Arabes quotidiennement niés, transformés en décor saharien. Et toi mêlé à ceux : Qui n'ont jamais serré la main à un Arabe. Jamais bu le café. Jamais parlé du temps qu'il fait à un Arabe. À tes côtés les Arabes. Écartés les Arabes. Sans effort rejetés les Arabes. Confinés les Arabes. Ville indigène écrasée. Ville d'indigènes endormis. Il n'arrive jamais rien chez les Arabes. Toute cette lèpre sur ton corps. Tu partiras. Mais toutes ces questions, ces questions sans réponse. Le silence conjugué de 800 000 Français, ce silence ignorant, ce silence innocent. Et 9 000 000 d'hommes sous ce linceul de silence... [13]»
Enfin, elle est une pensée du devenir et du surgissement, une pensée qui fait le pari de l'éclosion d'un sujet humain inédit, sujet capable de restaurer les conditions authentiques de communication et de réciprocité entre les hommes : « Quand je cherche l'homme dans la technique et dans le style européens, je vois une succession de négations de l'homme, une avalanche de meurtres. La condition humaine, les projets de l'homme, la collaboration entre les hommes pour des tâches qui augmentent la totalité de l'homme sont des problèmes neufs qui exigent de véritables inventions. Décidons de ne pas imiter l'Europe et bandons nos muscles et nos cerveaux dans une direction nouvelle. Tâchons d'inventer l'homme total que l'Europe a été incapable de faire triompher. [...] Aujourd'hui, nous assistons à une stase de l'Europe. Fuyons, camarades, ce mouvement immobile où la dialectique, petit à petit, s'est muée en logique de l'équilibre. Reprenons la question de l'homme. Reprenons la question de la réalité cérébrale, de la masse cérébrale de toute l'humanité dont il faut multiplier les connexions, diversifier les réseaux et réhumaniser les messages. [14]» Célébration ou non, Fanon a bel et bien agi en faveur d'un temps à venir. Intensité dans la vie, tranchant dans l'action et affranchissement dans la pensée ; non, le « Guerrier-silex [15]» n'a pas besoin de statue pour nous survivre.
Oui, Fanon l'intempestif, le « penseur du devenir illimité », nous survivra...
Le Parti Socialiste n'aura pas attendu de revenir effectivement au pouvoir, à travers un éventuel succès à la présidentielle et aux législatives, pour faire de la surenchère à Le Pen et à l'UMP en matière d'islamophobie.
A preuve, le vote cette semaine, au Sénat (où le PS est désormais majoritaire, et où 126 de ses 140 élus ont voté pour), d'une proposition de loi visant à priver de travail les assistantes maternelles de confession musulmane.
Pour être juste, il convient de préciser que cette infamie a été votée avec le soutien de plusieurs sénateurs UMP, ainsi que ceux du PRG (Parti radical de gauche, allié du PS), les amis de Jean-Luc Mélenchon (candidat du « Front de Gauche » à la présidentielle) applaudissant eux aussi à la mesure, même s'ils ont zéro sénateur dans cette assemblée parlementaire. Les sénateurs communistes se sont pour leur part lâchement abstenus.
Seuls les sénateurs EELV ont dénoncé explicitement cette ignominie, tandis que le député de Seine-Saint-Denis Patrick Braouezec (ex-communiste) disait clairement leur fait à tous ces islamophobes (voir son excellent communiqué de presse, plus bas dans cet article).
Bien sûr, comme c'est maintenant devenu une habitude, cette nouvelle attaque contre la population musulmane de notre pays se fait sous couvert de « laïcité », et de « neutralité ».
Mais le texte de loi a été si grossièrement rédigé qu'il ne résiste pas à l'analyse. Ainsi, le lobby des crèches juives loubavitch, grassement subventionné par le Maire (PS) de Paris Bertrand Delanoë, maintient ses privilèges. Elles pourront continuer de fonctionner comme telles, avec tout leur attirail de religiosité, et continuer de recevoir des financements publics quand même !
Inversement, une assistante maternelle, qui garde les enfants à son propre domicile, doit proscrire de son habitation tout signe évoquant ses convictions religieuses ! Comme le résume la sénatrice EELV Esther Benbassa « à gauche et à droite, c'est à qui fera le plus de zèle ! Car qu'on ne me dise pas qu'on a fait cette loi pour les nounous juives avec une perruque ou catholiques avec une croix ! C'est une énième loi sur le foulard... » (« Certes, mais Mme Benbassa est juive, elle peut se permettre ce genre d'analyses ; nous autres, vous comprenez … », se défend, sous couvert d'anonymat bien sûr, un des lâches qui ont voté la loi scélérate).
Selon le site Mediapart, la proposition de loi sénatoriale risque de ne pas aboutir, du moins à court terme, et ce pour des raisons de calendrier parlementaire. L'inscription du texte à l'ordre du jour de l'Assemblée Nationale s'avère en effet techniquement difficile à envisager avant la fin de la session actuelle (qui aura aussi été la dernière de la législature, avant les élections législatives générales du mois de juin).
Mais ceux d'entre nous qui envisagent de participer aux prochains scrutins sauront au moins pour qui ne pas voter.
Voici maintenant le communiqué de Patrick Braouezec.
Communiqué de presse
Vendredi 20 janvier 2012
"Je suis particulièrement choqué par la proposition de loi reprise par les sénateurs, membres du Parti Socialiste, qui vise à étendre l'obligation de neutralité aux structures privées de la petite enfance.
Cette loi vise une catégorie de la population et une seule, les citoyennes musulmanes portant foulard -je dis bien foulard et non pas niqab ou burqua- qui se trouvent dès lors confrontées à une véritable chasse aux sorcières. Le but de ce projet est de les exclure de l'espace public et social mais va jusqu'à les contrôler dans le privé ; de ce fait, il constitue une atteinte aux principes fondamentaux de la loi de 1905, que sont la liberté de conscience et d'opinion.
Alors que cette même loi, la Déclaration universelle des droits de l'homme mais aussi la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 garantissent la liberté de conscience et d'expression pour tous les citoyens, quelle que soit leur religion ou non religion.
Ce projet s'inscrit dans une logique d'exclusion des Musulmans et, plus particulièrement des Musulmanes.
Quand certains élus cesseront ils de stigmatiser des citoyennes françaises parce qu'elles portent un foulard ?
Depuis 2004, il y a nombre de mesures d'exception décidées contre les femmes musulmanes : loi de 2004 pour chasser les jeunes filles avec un foulard (ou un bandana, un turban, une casquette) et/ou une robe jugée trop longue dans les collèges et les lycée ; loi d'interdiction du port du voile intégral dans les espaces public ;en 2011, résolution votée par l'UMP réclamant l'extension du principe de neutralité pour tout collaborateur du service public, à l'ensemble des structures privées des secteurs social, médico-social et de la petite enfance et estimant souhaitable la possibilité, pour toute les entreprise, d'encadrer les pratiques et tenues « susceptibles de nuire à un vivre ensemble harmonieux » ; volonté d'exclusion des mamans portant un foulard de l'accompagnement des sorties scolaires, maires refusant de procéder à un mariage si la future mariée persiste à garder son foulard…
Cette loi d'exclusion est insupportable, car c'est bien l'Islam qui est visé et cela suffit."
Au lycée Ibrahim Tazi de Haï Courbet à Oran-Est, pas moins de 120 lycéens n'ont pas vu l'ombre d'un professeur de mathématique alors que l'année scolaire est largement entamée.
Des parents d'élèves dudit établissement se sont rendus par deux fois à la rédaction régionale d'El Watan pour exprimer leurs inquiétudes au sujet du devenir de leurs enfants, privés de matières essentielles, comme les mathématiques. Ils espèrent attirer ainsi l'attention des responsables locaux et notamment ceux de la direction de l'Education qui ne semblent pas mesurer ce handicap à l'orée des examens de fin d'année. «Si aucune solution n'est trouvée dans les meilleurs délais, l'année sera plus que compromise pour nos enfants qui ont eu le tort et la malchance de se trouver dans des établissements où le manque d'enseignants risque de devenir une fatalité», nous disent-ils à l'unisson.
Sachant que cette deuxième année secondaire est d'une importance stratégique – donc capitale ! – pour la préparation du Baccalauréat, ces mêmes parents, conscients de la situation, demandent à l'instance pédagogique et administrative locale de procéder, au plus vite, au recrutement d'enseignants pour combler ce vide dommageable à l'enfant et, partant, à l'Education nationale. Un recrutement immédiat de professeurs en mathématiques tranquillisera, dans un premier temps, les lycéens et leurs parents, sachant que des cours accélérés ou de soutien seront de mise pour rattraper le retard.
L'on saura que, chaque année, à l'approche des examens de fin d'année scolaire, d'importantes sommes sont octroyées pour rémunérer des enseignants qui sont désignés afin d'assurer des cours de soutien à ces élèves alors qu'il est plus sage, plus judicieux et plus rationnel de trouver l'enseignant en début d'année.
L'Etablissement Hospitalier Spécialisé en Pédiatrie de Canastel se dote d'un service de cardiologie pour la prise en charge à partir de cette année des enfants malades des wilayas de l'Ouest du pays.
Selon son directeur, M.Benali, il s'agit d'une première acquisition de pointe au niveau de l'EHS de Canastel au profit du secteur de la santé publique pour la région de l'Ouest du pays notamment pour ce qui est de la pédiatrie. L'on saura que les enfants atteints de maladies cardiaques sont souvent obligés de se déplacer à leurs frais vers l'unique Centre National spécialisé dans le traitement des maladies de cardiologie pédiatrique. Relevant de la Caisse Nationale de la Sécurité Sociale (CNAS), il est implanté à Bousmail dans le centre du pays .
Pour diminuer la tension et afin d'assurer une meilleure prise en charge dans l'ensemble des services médicaux de l'EHS de Canastel, son directeur a annoncé, à cette occasion, le lancement des travaux à proximité de l'entrée principale de l'hôpital d'un service de tri et d'orientation des malades dès leur arrivée à l'établissement. D'autre part, pour le renforcement du personnel médical et paramédical, l'EHS a abrité, cette semaine, des concours d'accès dans les diverses spécialités de médecine.
La chirurgie ambulatoire est un mode de prise en charge permettant de ramener l'hospitalisation pour une intervention chirurgicale à une seule journée. A l'étranger, en Hollande, Belgique, Grande-Bretagne, USA, 80 à 90% des interventions sont réalisées en ambulatoire, contre 37% en France. Aucune évaluation n'a encore été faite pour l'Algérie. Avantages : moins d'infections nosocomiales, moins de dépenses et plus de confort pour le malade.
La chirurgie ambulatoire, une activité encouragée à l'étranger, semble connaître ses prémices en Algérie. Aucune évaluation n'a encore été faite à ce jour dans les centres hospitaliers publics ou privés algériens. Une activité pourtant en développement dans notre pays grâce à une volonté de fer des chirurgiens et l'évolution galopante des techniques de pointe de la médecine moderne. Un programme d'action régissant cette activité avec des recommandations établies déjà au niveau international serait d'un grand apport aux établissements de santé privés ou publics et à des patients algériens.
L'Association algérienne des chirurgiens libéraux a fait le premier pas dans cette direction en organisant, vendredi dernier, la première journée consacrée à ce thème, à l'hôtel Riadh de Sidi Fredj à Alger. Une jeune association qui estime que cette activité est aujourd'hui inévitable en Algérie, en raison de son caractère bénéfique, que ce soit pour le patient ou pour l'établissement de santé. «Aujourd'hui, les techniques de l'anesthésie et de la réanimation ont tellement évolué et enregistré d'énormes progrès. Le malade opéré qui séjournait autrefois une semaine en moyenne peut quitter l'hôpital le jour même de son intervention», a souligné le président de l'Association algérienne des chirurgiens libéraux du centre, le Dr Rami Ali.
Ce dernier tient à préciser qu'il est important aujourd'hui de développer cette activité en sensibilisant les professionnels à travers des journées d'information et de formation, en collaboration avec les spécialistes du privé et du public et même des étrangers, afin de partager les expériences. «Car elle constitue une alternative pour le confort qu'elle peut apporter», a-t-il ajouté, en appelant à multiplier les efforts pour encourager cette technique qui reste encore à un niveau insuffisant. Il précise qu'en France, 37% des interventions chirurgicales se pratiquent en ambulatoire, 80% aux Etats-Unis et 70% dans les pays de l'Europe du Nord.
Le Dr Rami a tenu à signaler que cette première journée scientifique est consacrée à tous les aspects de cette chirurgie ambulatoire chez l'adulte et l'enfant à travers différents thèmes, tels que la chirurgie veineuse, les abords vasculaires en hémodialyse, les anomalies vasculaires chez l'enfant, la chirurgie ambulatoire des fentes, la place de l'ambulatoire en chirurgie digestive, etc. Est-ce que les structures privées algériennes sont dotées de moyens pour assurer une telle activité sans l'assistance des hôpitaux publics ? Le Dr Rami estime que les deux secteurs se complètent et ils doivent travailler en collaboration dans l'intérêt du patient.
«La science n'a pas de frontières et les professionnels du privé et du public se complètent», a-t-il insisté. A notre question relative au problème des transferts de malades pris en charge dans le privé vers le public en cas de complications, le président de l'Association des chirurgiens libéraux évite la polémique et estime que le médecin doit respecter une certaine morale et son devoir est de soulager la souffrance des patients. «Dans les structures privées, il y a celles qui sont en mesure de prendre en charge les malades d'une certaine gravité. C'est au médecin de juger de se capacités à assurer certaines prises en charge ou pas. Quant aux complications, elles peuvent survenir que ce soit dans le privé ou dans le public», a-t-il indiqué.
«Il y a des complications imprévisibles qui peuvent exiger une assistance plus lourde que seuls les hôpitaux peuvent fournir», a-t-il conclu. Et de préciser que son association peut travailler en étroite collaboration avec les hospitaliers dans l'optique d'améliorer justement la prise en charge du malade, notamment en chirurgie ambulatoire.
Quelles sont les opérations réalisables en chirurgie ambulatoire ?
Les interventions les plus courantes sont : les extractions dentaires (dents de sagesse), les opérations des varices, les arthroscopies, la cataracte, les hernies, la chirurgie des bourses de l'enfant et de l'adulte, le canal carpien, la maladie de Dupuytren, les ablations de matériel d'ostéosynthèse (les plaques, vis, etc.
utilisés pour réparer initialement les différentes fractures), les interventions gynécologiques (curetage, hystéroscopie, certaines tumeurs du sein). Des interventions de plus en plus complexes sont aussi réalisées en ambulatoire : ablation de la vésicule sous coelioscopie, bandelettes sous-urétrales pour corriger l'incontinence urinaire d'effort, urétéroscopies pour l'ablation des calculs du rein ou de l'uretère, certaines opérations du cancer du sein, de la thyroïde, de la surrénale, l'ablation de ganglions, la chirurgie compliquée du genou, de l'épaule, certaines opérations pour éventration ou reflux gastro-œsophagien, voire certaines opérations neurochirurgicales. Enfin, de plus en plus d'urgences, notamment les traumatismes de la main (plaies, fractures) sont prises en charge sur la journée en ambulatoire.
Il aura fallu déterrer le génocide des Arméniens commis par les Turcs en 1915 pour que les Algériens osent parler des massacres du Mai 1945 commis par les Français. Mais quelle mouche a donc piqué notre Premier ministre ?
A. Affabulations. «On dit que j'ai plusieurs villas, 50% d'Aigle Azur… Ce sont des affabulations», a déclaré Ahmed Ouyahia. Mais qui a dit que le Premier ministre a plusieurs villas ? La presse ? L'opposition ? Personne. Ouyahia lié à l'homme d'affaires Mahieddine Tahkout ? Tout Alger en parle. Pour l'entourage de l'ancien ministre de la Justice, cela relève de rumeurs. Relisons la déclaration officielle de biens faite par Ouyahia en mai 2006 : une villa à Hydra (il le faut bien !) acquise pour un montant de…1,7 million de dinars, pas de véhicule, pas de placement bancaire, pas de bien immobilier. Il a tout juste une petite, toute petite somme, de 600 000 DA en compte trésor. Existe-t-il un mécanisme légal efficace pour vérifier si Ouyahia dit vrai ? Aucun. Donc, Ouyahia ou tout autre responsable politique peut déclarer ce qu'il veut, mettre les chiffres qu'il veut… Qui le contredira ? La règle de l'accountability n'existe pas en Algérie.
B. Bouteflika. Ahmed Ouyahia se dit fidèle à Abdelaziz Bouteflika. Il a défendu avec acharnement toutes les décisions, même les plus contestées, prises par le président de la République. De mai 2002 à juin 2003, Ouyahia a été même désigné «représentant personnel» du chef de l'Etat. Depuis avril 2011, le Premier ministre ne cesse de défendre ce qui est appelé «réformes» politiques de Bouteflika inscrites, selon lui, dans une démarche de «redressement national». Réformes ? Amendement des lois sur les partis, les associations et l'information. Le but ? Réduire jusqu'à la dernière marge les libertés dans le pays. La preuve ? Les Algériens n'ont toujours pas le droit de manifester pacifiquement dans la rue. Aujourd'hui, Ouyahia souhaite que Bouteflika parte…
C. Contradiction. Ahmed Ouyahia n'a pas peur de se contredire. En 1996, il avait soutenu la décision du président Liamine Zeroual de limiter les mandats présidentiels à deux après la révision de la Constitution. En 2008, le même Ouyahia soutient l'ouverture des mandats présidentiels après le léger amendement de la Constitution introduit par le président Bouteflika pour rester au pouvoir. Fin 2011, Ouyahia, qui fait dire à son parti, le RND, tout ce qu'il veut, est favorable, une nouvelle fois, à la limitation des mandats présidentiels à deux. Incroyable capacité de dire la chose et son contraire !
D. Destin. Ahmed Ouyahia croit avoir un destin tracé dans les tablettes du temps. L'homme, qui entre et sort du Palais du gouvernement depuis dix-sept ans et qui prétend travailler plus que les autres, se voit président de la République. Tôt ou tard. Interrogé dernièrement sur son éventuelle candidature pour la présidentielle de 2014, le patron du RND a eu cette réponse : «Trop tôt pour en parler.» L'intention existe donc. «La présidence de la République est une rencontre entre un homme et son destin», a-t-il ajouté sur un ton qui se veut philosophique. «Il y a des gens qui se portent candidats juste pour passer des messages ou pour exister. Ce n'est pas dans ma culture», a-t-il dit. Ouyahia pense, il existe donc !
E. Etat. «Pour moi, la notion de commis de l'Etat est d'une grande noblesse. J'ai derrière moi presque une trentaine d'années au service de l'Etat. Rédiger un document en tant que jeune cadre de l'administration ou occuper le poste de Premier ministre a la même valeur à mes yeux», a déclaré Ouyahia dans une interview à l'hebdomadaire Jeune Afrique en 2004. Ouyahia se définit comme «Oulid Ed Dawla» («enfant de l'Etat»). Pour ses détracteurs, Ouyahia confond «Etat» et «système». «J'ai eu l'honneur de servir mon pays et j'ai dirigé le gouvernement pendant une des périodes les plus difficiles de l'histoire de l'Algérie. J'ai évidemment parfois ressenti de la lassitude, une sorte de découragement», a-t-il pleuré dans la même interview. «Mais cela m'a également appris l'humilité. Que sommes-nous, bien assis dans nos bureaux, par rapport à ceux qui, chaque matin, apportent leur contribution à la vie du pays, à l'usine, à l'école, dans les hôpitaux ?», a-t-il ajouté. On ose à peine croire qu'Ahmed Ouyahia est un homme de gauche !
F. Fraude. Le Rassemblement national démocratique (RND), né en 1997 pour neutraliser le FLN «coupable» d'avoir soutenu «le contrat national» de Rome en 1995 et servir de nouveau rempart «nationaliste» contre les islamistes, est l'enfant d'une fraude massive lors des élections législatives de 1997. Un scrutin qui devait faire oublier celui de décembre 1991. Le RND est curieusement sorti vainqueur de la consultation trois mois seulement après sa création. Une «prouesse» jamais réalisée de toute l'histoire de la politique. «Le bébé né avec des moustaches», avaient plaisanté les uns. «Le parti préfabriqué», avaient répliqué les autres. Le rapport d'enquête parlementaire sur la fraude électorale n'a jamais été rendu public. Ahmed Ouyahia, alors chef de gouvernement, a tout fait pour l'enterrer. Une tache noire.
G. Grandiose. Voilà ce que prévoit mot à mot le signe astral d'Ahmed Ouyahia : «Vous cherchez souvent à retenir l'attention, à jouer un rôle central (…) Reste une indéniable force de caractère qui peut vous mener très loin : balayant un à un les obstacles, vous saurez mieux que d'autres parvenir à vos fins et vous donner les moyens d'une exceptionnelle réussite. Car vous imaginez – à tort ou à raison – votre destin que comme brillant, spectaculaire, en un mot… grandiose ! » Cela fait peur… même si l'on n'est pas obligé de croire les astres.
H. Histoire. Ahmed Ouyahia a accusé la Turquie d'avoir «colonisé» l'Algérie. Or, l'histoire a bien retenu que les Algériens avaient fait appel à la marine ottomane pour les protéger contre les conquêtes espagnoles. Même les manuels scolaires algériens précisent que les frères Barberousse, héros de l'Etat ottoman, avaient bel et bien «sauvé» Alger. La Casbah d'Alger n'avait-elle pas été forteresse ottomane du XVIe au XIXe siècles ? «Nous disons à nos amis turcs de cesser de faire de la colonisation de l'Algérie un fonds de commerce», a dit Ouyahia à propos des déclarations de Tayyep Erdogan, Premier ministre turc, qui a accusé la France d'avoir commis un génocide en Algérie après le vote du Parlement français sur «le génocide arménien». Ouyahia en défenseur de la France ? Oui, estime le député Moussa Abidi qui a proposé le projet de loi sur «la criminalisation du colonialisme». Une proposition considérée par Ouyahia comme «une carte politique, sans plus». «Ouyahia veut plaire à la France, gagner sa confiance et défend ses intérêts», a répliqué Moussa Abidi dans une déclaration au quotidien El Khabar. Pour le parti El Islah, Ouyahia a attaqué Erdogan parce que la Turquie a soutenu le Printemps arabe.
I. Investissements. Pour beaucoup d'experts, l'instabilité juridique en matière d'investissement est liée aux méthodes rigides du Premier ministre actuel. Cette politique est marquée par un interventionnisme à tous les échelons de l'Etat, par l'absence de transparence dans la conclusion des marchés publics et par l'échec à réduire les importations. Ouyahia a combattu l'arrivée d'investissements arabes en Algérie.Au Caire, Riyad, Doha ou Abu Dhabi, son nom est souvent cité. Les problèmes que rencontre l'Egyptien Orascom en Algérie seraient nés de cette attitude hostile du Premier ministre. «La démarche de certains investissements arabes en Algérie n'était pas sérieuse. Nous avons entendu plus de discours que de propositions concrètes», a-t-il tenté de se justifier devant le Sénat.
J. Janviériste. «Je reste un janviériste convaincu», a déclaré Ouyahia la semaine écoulée, lors d'une conférence de presse à Alger. Après l'arrêt du processus électoral en janvier 1992 par les généraux, la mémoire nationale n'a pas retenu le nom d'Ahmed Ouyahia qui, à l'époque, était ambassadeur au Mali. Sous le Haut-Comité d'Etat (HCE), il a servi, à partir de 1993, en tant que secrétaire d'Etat à la coopération et aux affaires maghrébines. Ouyahia s'est dit «solidaire» avec Khaled Nezzar qui fait l'objet de poursuites judiciaires en Suisse en raison de ses responsabilités en tant que ministre de la Défense dans la répression qui a suivi l'arrêt du processus électoral en 1992. «Le janviériste convaincu» n'a eu aucune peine à applaudir et soutenir «la réconciliation nationale» parrainée par Bouteflika à partir de 2005. Pourtant, le même Ouyahia accusait, dans les années 1990, les partisans de la réconciliation de «relais» des islamistes radicaux…
K. Kabylie. Ouyahia est né, en 1952, à Bouadnane, à une cinquantaine de kilomètres de Tizi Ouzou. Il s'arrange, dans la plupart de ses conférences de presse, pour répondre en tamazight à la première question. Mais combien de fois Ahmed Ouyahia est-il allé visiter en tant que Premier ministre la Kabylie ? Aucune. Lors de la crise de 2001, il a joué le pompier pour amener les délégués de la Kabylie au dialogue. Pas plus.
L. Législatives. «La bataille se gagne sur le terrain. Il ne s'agit pas de dire où allons-nous. Nous allons vers un horizon serein. Il s'agit de réussir des élections législatives qui seront convaincantes pour les Algériens. Nous devons les réussir avec une participation importante de la population», a estimé dernièrement Ahmed Ouyahia. Il n'a pas expliqué comment convaincre les Algériens à aller voter. Les législatives de 2007 avaient été marquées par un taux historique d'abstention, dépassant les 60%. «Nous devons aller vers des élections dans lesquelles nous devons accepter un gagnant», a-t-il appuyé. Quel gagnant ? Le RND ? «Nous ne voulons pas être le mouton de l'Aïd. Bien sûr, on nous tirera dessus. Nous aussi nous allons tirer», a appuyé Ouyahia. Alors les législatives de 2012, à feu et à sang ? !
M.Moralisation. En 1995, Ouyahia a mené la guerre aux cadres algériens. Une guerre impitoyable baptisée «opération mains propres». Loin d'égaler le modèle italien dont elle s'est inspirée, cette opération a conduit des milliers de responsables d'entreprises publiques en prison. On avait parlé à l'époque de 6380 cadres mis en détention. Une bonne partie d'entre eux étaient innocents. Ouyahia s'était défendu en parlant de «moralisation de la vie publique». Des centaines de ces cadres ont bénéficié d'un non-lieu de la part d'une justice qui, dès le début, était complice. Ces personnes n'ont toujours pas été rétablies dans leurs droits. Quel était le but de cette campagne ? Le démantèlement du secteur industriel public puisque la corruption et le détournement des deniers publics sont, depuis cette date, devenus de plus en plus présents au point de menacer l'ensemble de l'économie nationale.
N. Non. «Non, je n'aime pas ce discours qui évoque l'alternance au pouvoir. Le pouvoir n'est pas un manège ! Si nous voulons un enrichissement d'idées en permanence et dépasser les personnes, deux mandats présidentiels constituent une période rationnelle», a soutenu Ahmed Ouyahia lors de l'émission «Hiwar Esaâ» de l'ENTV en juin 2011. Avant lui, Abdelaziz Belkhadem, secrétaire général du FLN, avait prétendu que la limitation des mandats présidentiels est «contraire» à la démocratie. Les cercles du pouvoir sont-ils divisés sur la question ? Il y a tout lieu de le croire…
O. Ouverte. A en croire Ouyahia, l'élection présidentielle du printemps 2014 sera ouverte. Quelles en sont les garanties ? Le Premier ministre n'en a pas encore. Il a avoué que de par son statut au sein du système, il peut dire… «Le pouvoir n'est pas un cadeau qu'on cède facilement». Le pouvoir, un cadeau ? Qui l'eut cru ! Ouyahia a assuré également que les prochaines législatives, prévues le 12 mai 2012, seront transparentes en ajoutant, plus loin, qu'il fera tout pour que son parti en sorte vainqueur. Très rassurant !
P. Ponction. Les Algériens n'oublieront jamais la ponction autoritaire sur le salaire des fonctionnaires décidée par Ouyahia entre 1996 et 1998. Cette décision avait été présentée comme «une mesure d'austérité» pour réduire la dépense publique. Cela a rendu Ouyahia impopulaire. «Quand il a fallu réduire les salaires, je l'ai fait. Quand il a fallu fermer des entreprises et licencier, je l'ai fait. Je ne suis pas de ceux qui cherchent coûte que coûte à être populaires. S'il faut à nouveau prendre des mesures impopulaires, je le ferais», devait déclarer Ouyahia à l'APN en 2008. Imperturbable donc, il a, à deux reprises, ordonné des ponctions sur salaire pour torpiller des mouvements de grève dans les secteurs de l'éducation et de la santé. Cela ne l'a pas empêché de déclarer dans une interview à Jeune Afrique : «La contestation syndicale est somme toute normale dans un pays qui sort d'une longue période de violences politiques.»
Q. Quatrième. «Un quatrième mandat rendra-t-il service à l'Algérie ?» Question d'Ouyahia, deux fois chefs de gouvernement depuis l'arrivée de Abdelaziz Bouteflika au pouvoir en 1999, sur justement les intentions politiques de l'actuel locataire d'El Mouradia. Ouyahia utilise le même langage que les opposants algériens qui estiment que Bouteflika ne peut plus rester au pouvoir compte tenu de son état de santé et des changements politiques majeurs dans la région arabe. L'ancien ministre des Affaires étrangères de Houari Boumediène ne dit rien sur sa volonté de quitter la présidence de la République en 2014. Jusqu'à l'heure.
R. Rassemblement. Le RND, un parti avec un projet de société confus, se bat pour «conforter» le système démocratique et républicain. Le RND, un parti laïque ? Ouyahia ne le dit pas. «Nous n'avons pas la vérité absolue», a-t-il soutenu à la télévision d'Etat. D'après lui, la vision du RND sur la position de la femme et des jeunes en politique est précise. Le RND, formé d'anciens cadres de l'administration et d'hommes d'affaires, semble ramer à droite, en tout cas plus à droite que le FLN. Il s'inscrit dans ce qui est appelé «le courant nationaliste novembriste».
S. Serviteur. Ahmed Ouyahia, qui doit sa carrière à des appuis au sein des décideurs de l'armée, est devenu un serviteur au clan du président Abdelaziz Bouteflika à partir de 2003. A-t-il abandonné le salon des généraux ? En a-t-il les moyens ? Le chef de l'Etat l'a nommé à deux reprises chef de gouvernement. Signe de confiance ? Ou Bouteflika a-t-il été forcé d'accepter un homme politique qui n'a pas eu le courage d'accompagner Liamine Zeroual dans son retrait de la vie nationale en signe de protestation contre le processus «militarisé» de réconciliation nationale ? Pourtant, le général Zeroual a nommé Ouyahia chef de gouvernement après la présidentielle de 1995. Ce dernier est, depuis, sur l'avant-scène. Mais Ouyahia a vite oublié Zeroual en tombant dans les bras larges de Bouteflika, sa famille et son entourage. «Qui vivra verra !», devait dire le général Khaled Nezzar. Les militaires sont-ils pour autant en colère contre Ouyahia désormais «partisan» de Bouteflika ? Rien ne permet de le croire.
T. Télévision. Ouyahia a toujours lutté contre l'ouverture du champ audiovisuel en Algérie et considéré les journalistes de la télévision et de la radio d'Etat comme des «fonctionnaires». Les révoltes arabes, qui ont chassé déjà trois dictateurs, l'ont forcé, lui et le régime qui le représente, à changer d'avis. Subitement, l'ouverture du champ audiovisuel est devenue possible. La nouvelle loi sur l'information a prévu cette libération, mais avec tellement d'obstacles qu'il y a lieu de penser que les télévisions et les radios libres ne seront autorisées à émettre que dans dix ou vingt ans !
V. Victoire. «Quand on va jouer un match face à 21 millions d'électeurs, comment pourrai-je vous dire qui va gagner ?», s'est interrogé Ouyahia sur les prochaines législatives. Pour lui, le RND entre en course pour être victorieux. La Constitution de 1996, changée à l'époque de Liamine Zeroual, a instauré, selon lui, les verrous qui protègent la République (création du Conseil de la nation). «Nul ne peut faire de la politique sur le dos du pluralisme. Il n'y aura plus de “la mithaq la doustour” (slogan du FIS, ndlr)», a-t-il ajouté à propos des islamistes. «A la proportionnelle, il faut un miracle pour avoir une majorité. Ce n'est pas une fantaisie», a-t-il appuyé.
X. X. L'inconnue. «Il faut penser à demain», a souvent dit Ouyahia. Oui, mais comment ? Il n'existe pas de mécanisme sérieux d'études prospectives en Algérie. Les structures créées jusque-là ne servent à rien, si ce n'est à élaborer des rapports que les Algériens ne liront pas. Enigmatique, Ouyahia a eu cette déclaration : «En Algérie, il faut faire le mineur pour savoir ce qu'il y a sous terre.» Difficile de trouver une solution à cette équation à deux inconnues, n'est-ce pas ?
Z. Zèle. «Mon désastre personnel est que dans mon pays, il n'y a plus de sens de l'Etat. Qu'il ait une réunion, et alors ? Cela vous étonne que les autorités du pays se réunissent. Nous sommes arrivés à un stade d'indigence terrible», a explosé Ahmed Ouyahia lorsqu'une question lui a été posée sur la récente réunion qu'a organisée Bouteflika avec les présidents des deux Chambres du Parlement et le Premier ministre. Une réunion entourée d'opacité totale. Ouyahia a trouvé presque scandaleux que la presse s'intéresse à cela. Se référant à Charles de Gaulle, il a relevé que personne, mis à part le porte-parole, ne prenait des notes lorsque le général français, alors chef d'Etat, présidait le Conseil des ministres. Cela remonte à plus de cinquante ans… Il y a donc un problème avec «le logiciel» d'Ouyahia !
sarah elmehbous , laisses les opinions sans restriction , amis attention aux usurpateur de conscience ceux qui s'érigent en qualité de conscience du citoyen.
Pour la ponction, je le lui en voudrait le reste de mes jours...mon père fonctionnaire, cancer de la prostate s'est vu pénalisé, a-t-il souffert pour payer ses médicaments, oui........ Dégage...Dégage!
Le président Abdelaziz Bouteflika sera à Tunis la semaine prochaine pour participer aux festivités officielles de l'an I de la Révolution du 14 janvier qui a chassé Zine Al Abidine Ben Ali et Leïla Trabelsi, son épouse, du pouvoir.
L'annonce a été faite par la présidence tunisienne à travers un communiqué rendu public à Tunis le 9 janvier et transmis aux rédactions d'Alger à travers l'ambassade de Tunisie. «Les relations et historiques stratégiques qui relient nos deux pays sont anciennes», a écrit le palais de Carthage dans ce qui ressemble à une mise au point aux écrits et analyses de presse sur les dernières déclarations du président Moncef Marzouki sur l'Algérie, lors d'une récente visite en Libye. Moncef Marzouki est revenu sur l'interruption du processus électoral en Algérie en 1992. «Si les Algériens avaient accepté les résultats du vote, le pays n'aurait pas sombré dans la violence et les bains de sang», a-t-il dit, repris par des médias tunisiens.
Selon lui, il faut respecter la victoire électorale des islamistes pour éviter la reproduction du scénario algérien. Il évoquait l'arrivée des islamistes au pouvoir en Tunisie et au Maroc. La présidence tunisienne s'est dit étonnée par les commentaires suscités par ces déclarations et a indiqué que Moncef Marzouki n'avait aucune intention de s'immiscer dans les affaires de l'Algérie. «Les propos du Président ont été dénaturés et accompagnés d'analyses erronées, dépourvues d'objectivité», a encore écrit la présidence tunisienne. Le journal tunisien en ligne Business News a évoqué «l'incident diplomatique» qu'auraient provoqué les propos de Moncef Marzouki.
A Alger, les déclarations du chef d'Etat tunisien, connu pour son franc-parler et son engagement pour les droits humains, n'ont pas de suscité de réactions officielles. Hier, Mourad Medelci, ministre des Affaires étrangères, a, dans une interview au quotidien Liberté, souligné que les relations avec la Tunisie et l'Egypte sont excellentes : «Certains auraient souhaité que nous allions voler au secours des révolutions de pays voisins. Ce n'est pas dans la tradition algérienne», a-t-il soutenu. La présidence tunisienne, qui a souligné «le respect total et absolu par la Tunisie de la souveraineté de l'Algérie, président, gouvernement et peuple», a annoncé la venue prochaine à Alger de Moncef Marzouki. Cette visite serait programmée pour le 19 janvier. Le président tunisien devrait également se déplacer au Maroc et en Mauritanie à la faveur d'une tournée maghrébine.
Par ailleurs, la présidence tunisienne a confirmé la nomination, le 9 janvier 2011, de Abdelkader Hadjar comme ambassadeur d'Algérie à Tunis. «Cette nomination n'a pas respecté les traditions diplomatiques qui prévoient 48 heures au moins pour parachever la procédure. Cela confirme le caractère excellent et profond des relations entre la Tunisie et l'Algérie», est-il écrit dans le communiqué du palais de Carthage. Avant Tunis, Abdelkader Hadjar était en poste au Caire. Il a eu notamment à gérer, fin 2009, la crise entre l'Algérie et l'Egypte après le match qualificatif à la Coupe du monde de football.
Mieux vaut tard que jamais. Alger reconnaît enfin la révolution du 14 janvier 2011, celle qui a débarrassé la Tunisie de la dictature de Zine Al Abidine Ben Ali, de son épouse Leila Trabelsi et de leurs familles.
C'est le but principal de la visite hier du président Abdelaziz Bouteflika à Tunis. Le chef d'Etat algérien a eu un entretien en tête à tête avec Moncef Marzouki, président désigné par l'Assemblée constituante, le 12 décembre 2011, pour gérer la période de transition démocratique. Cette rencontre entre les deux responsables signifie que l'Algérie admet qu'un nouveau pouvoir, sorti des urnes, a émergé en Tunisie. Bouteflika a marqué sa présence avec d'autres chefs d'Etat, dont le président du Conseil national de transition (CNT) libyen, Moustapha Abdeljalil, et l'émir du Qatar, Hamad Bin Khalifa Al Thani, aux festivités marquant la fin d'une longue période de terreur qui a duré plus de cinquante ans.
Zine Al Abidine Ben Ali n'avait reconduit que l'autoritarisme instauré par Habib Bourguiba, «le père libérateur». Bouteflika, qui avait assisté à l'enterrement de Bourguiba en avril 2000 et qui avait félicité Ben Ali pour son «modèle de démocratie», était à Tunis pour souhaiter du bonheur à Moncef Marzouki, homme politique connu pour son combat pour les droits humains et contre l'arbitraire. La différence d'âge entre Bouteflika et Marzouki n'est que de huit ans, mais les visions politiques sont très éloignées, voire inconciliables. Marzouki croit à l'importance des libertés démocratiques dans la vie d'une nation, Bouteflika estime que le peuple «n'est pas assez mature» pour mériter la démocratie. L'ancien militaire, Ben Ali, partageait le même point de vue. Idem pour l'ancien «guide» libyen. Leur sort a été définitivement scellé par l'histoire. Bouteflika a-t-il évolué avec l'accélération des événements politiques au Maghreb et au Moyen-Orient ? Son voyage à Tunis, annoncé par la présidence tunisienne la semaine écoulée, est un bon signe. Cela veut dire que quelque chose a changé au sein du pouvoir algérien.
VOLTE-FACE DU RÉGIME ALGÉRIEN
Les autorités algériennes n'avaient-elles pas montré une hostilité à peine contenue contre la Tunisie après la fuite de Ben Ali en janvier 2011 ? Cette hostilité est devenue dramatiquement visible avec la crise libyenne montrant, dans la foulée, tous les handicaps de la diplomatie algérienne et toutes les limites des approches sécuritaires de la politique extérieure. Bouteflika a eu peu de mots, aucune position claire, sur les révoltes arabes, préférant laisser ses relais servir le disque, usé jusqu'à l'aphonie, sur «l'ingérence étrangère». Un discours folklorique a tourné en boucle pendant des mois «dévitalisant» temporairement les appels au changement pacifique à l'intérieur du pays. Bouteflika, qui décide en matière de politique étrangère, a tout fait pour que l'Algérie officielle n'appuie pas ouvertement les révoltes des peuples tunisien, libyen, égyptien, syrien et yéménite. Les hésitations actuelles sur le dossier syrien en sont une preuve. Pour Mourad Medelci, ministre des Affaires étrangères, l'Algérie ne soutient pas les régimes «mais les Etats» et elle ne s'ingère pas dans les affaires d'autres pays. Cet argument, développé a posteriori, aurait été valable il y a vingt ou trente ans. Passons.
Bouteflika a déjeuné hier au palais de Carthage à Tunis en compagnie de Moncef Marzouki, Moustapha Abdeljalil, Hamad Bin Khalifa Al Thani et d'autres responsables. L'agence officielle APS a rappelé les propos de Bouteflika sur la capacité de la Tunisie «d'arriver à bon port et de garantir sécurité et bien-être au peuple tunisien» et ceux de Abdelkader Messahel, ministre délégué chargé des Affaires maghrébines et africaines, sur le respect par l'Algérie des choix du peuple tunisien et son souhait que ce pays «puisse asseoir les fondements d'un régime démocratique pluriel». L'APS a aussi évoqué la visite, la première à l'étranger, de Badji Kaïd Essebsi, ex-Premier ministre tunisien, en Algérie. Oui, mais Moncef Marzouki, pour son premier déplacement en dehors de la Tunisie, a choisi de se rendre en Libye, pas en Algérie. Il a donc été précédé par la venue de Bouteflika. Le chef d'Etat algérien a-t-il compris que l'Algérie n'a désormais aucun autre choix que de s'adapter aux nouvelles donnes dans la région arabe et d'accompagner les démocraties naissantes de sorte à mieux protéger ses intérêts stratégiques sur le long terme ? Ou agit-il pour des considérations de politique intérieure ? Il reste que le secrétaire d'Etat adjoint américain pour les Affaires du Proche-Orient et de l'Afrique du Nord, Jeffrey Feltman, était venu en octobre 2011 à Alger demander clairement aux autorités algériennes de soutenir les processus de transition en Tunisie et en Libye.
Mourad Medelci s'est déplacé cette semaine à Washington, deuxième déplacement en moins de huit mois, pour rassurer les Américains sur «les réformes» politiques en Algérie. Usant d'un langage diplomatique plus que prudent, Hilary Clinton, secrétaire d'Etat américaine, a déclaré que les Etats-Unis «veulent» voir l'Algérie dotée «d'une base démocratique solide» qui reflète «les aspirations du peuple algérien». Le changement de cap de Bouteflika en terrain extérieur obéit probablement à ce souci d'éviter que les pressions extérieures deviennent plus fortes et plus denses. Sa stratégie sera donc de «normaliser» les rapports avec les voisins maghrébins et de préparer des élections législatives «exemplaires». Le locataire d'El Mouradia profite donc d'une certaine marge de liberté en attendant de décider de partir ou pas en 2014. Quelque part le compte à rebours a commencé…
quand je pense que boutef a dit aux tunisiens combien il etait admiratif de leur revolution,on se demande ce qu il peut bien penser des algeriens qui acceptent tout ce qu il fait.
hamdinele 15.01.12 | 04h09
MAUVAIS SERVICE !
Les tunisiens ne rendent pas service au peuple algérien en acceptant à leur fête démocratique la présence d'un dictateur !
Deux manifestations devant l'ambassade d'Algérie à Paris, mercredi soir.
Paris De notre correspondante
La première, menée par «Rached», une association dirigée par des membres ou des proches de l'ex-FIS pour dénoncer le «coup d'Etat» de 1992. A contrario, une autre manifestation composée d'anciens militants de l'Amicale des Algériens en Europe et d'associations proches du FLN ou de «simples citoyens», aux cris de «Vive Bouteflika», «FIS dégage, l'Algérie n'est pas à toi». Les deux regroupements ne comptaient au final qu'une centaine de personnes, réparties quasiment à parts égales et on pouvait à la louche compter plus de gendarmes et de policiers en civil que de manifestants.
La présence des forces de l'ordre françaises en grand nombre s'expliquerait par le fait que, selon des informations circulant sur facebook, la manifestation de «Rached», autorisée par la police, allait être perturbée, par la violence si nécessaire. En fait, il n'y a pas eu de violences, mais on a assisté à une manifestation qui donnait l'impression d'avoir été improvisée, puisqu'elle n'avait même pas reçu l'autorisation de la police, en soutien au président Bouteflika. Ses décideurs ont-ils été pris de court. Les uns et les autres étaient séparés par plusieurs cordons de gendarmes, alors que l'accès au bâtiment de l'ambassade d'Algérie était bloqué.
La manifestation de l'ex-FIS, si elle n'a pas rassemblé grand monde (une cinquantaine de personnes tout au plus) a été préparée et organisée d'avance, avec force banderoles et affiches sur lesquelles figuraient les photos des généraux Khaled Nezzar et Toufik et de Saïda Benhabylès, ancienne ministre, responsable associative. Les manifestants criaient «Toufik, casse-toi», «DRS dégage» «La mafia, on n'en veut pas».
Les télévisions étrangères, particulièrement arabes, contrairement à leur habitude quand il s'agissait d'autres manifestations d'Algériens, étaient présentes en nombre pour celle de «Rached» dont les animateurs étaient fortement sollicités. L'autre regroupement n'a pas suscité leur intérêt.
Pourquoi cette manifestation ? Avons-nous demandé à Mohamed Larbi Zitout, un des fondateurs de «Rached», ex-diplomate en Libye qui a rejoint le FIS en 1995. «Nous sommes là pour dire que 20 ans ça suffit», «Nous voulons en finir avec l'Etat DRS», «Nous voulons un Etat civil, ni militaire ni religieux». Et que faites-vous de la religion ? «On est des musulmans, c'est une question personnelle, il n'y a pas de contrainte en religion». Le discours a évolué dans la forme, est-ce l'effet du Printemps arabe ? Revendiquez-vous le retour du FIS ? «Toute exclusion est néfaste, on est pour le retour de tous les Algériens». Quant à son association, il soutient qu'elle «n'a pas de sensibilité politique», que «la question idéologique est secondaire». «Nous sommes pour une justice indépendante, même sous l'égide internationale, pour juger qui a fait quoi.»
Le discours est là aussi expurgé, et dans l'air du temps. Nous lui faisons remarquer qu'il y a eu, officiellement, une réconciliation nationale. «C'est une soi-disant réconciliation imposée par des criminels». Votre discours est-il entendu par les Algériens ? «Que ce régime ouvre les médias, les partis à tous et on verra qui représente quoi». Quant aux prochaines législatives : «C'est une mascarade.»
L'autre regroupement continuait à clamer : «Djeich, chaâb avec Bouteflika», «FIS, casse-toi, l'Algérie n'est pas à toi». Il est à rappeler qu'un communiqué signé d'un «collectif d'associations des Algériens de France» a appelé à manifester contre Bernard-Henri Lévy. Dans ce communiqué, le collectif d'associations non identifiées écrit : «Pour Bernard-Henri Lévy, la guerre en Libye était surtout motivée par la défense d'Israël dans le monde.» Le 20 novembre, lors de la convention nationale du CRIF, il (BHL) déclarait : «C'est en tant que juif que j'ai participé à cette aventure politique, que j'ai contribué à définir des fronts militants, que j'ai contribué à élaborer pour mon pays et pour un autre pays une stratégie et des tactiques.» Et «j'ai porté en étendard ma fidélité à mon nom, ma volonté d'illustrer ce nom et ma fidélité au sionisme et à Israël».
Celui qui prétendait secourir le peuple libyen, n'a pas eu un seul mot pour les enfants Libyens tombés sous les bombes de l'OTAN ni pour les enfants de Ghaza brûlés au phosphore blanc par Israël. Au contraire, son soutien reste indéfectible à l'Etat criminel d'Israël. Et le communiqué ajoute : «Son rêve ? Mettre tout en œuvre pour parvenir à la dislocation du monde arabo-musulman, avec l'Algérie pour cible favorite. D'ailleurs, il n'a pas hésité dans l'une de ses déclarations à avouer son souhait de : ''voir l'Algérie disloquée en plusieurs petits Etats''.» Le communiqué annonce enfin que «BHL va manifester sa haine contre l'Algérie, sous les fenêtres de l'ambassade d'Algérie à
Paris le mercredi 11 janvier 2012 à 17 heures. Soyons nombreux à l'accueillir». Au vu des manifestants présents, cet appel n'a pas semblé avoir eu beaucoup d'impact. Aucun slogan contre BHL n'a été proféré par l'une ou l'autre manifestation. Seule référence au philosophe français, une affiche dans les rangs de la manifestation de «Rached» sur laquelle on pouvait lire : «BHL ami des généraux / éradicateurs dégage ; BHL = Nezzar. Même combat / plan» Pourquoi cette agitation subite ? Cette intox via les réseaux sociaux ? L'échéance des législatives de mai prochain en serait-elle la raison, la seule ?
Nous ne pouvons manquer d'observer qu'au tableau des manifestants de mercredi soir, il manquait une troisième voix (e), représentée par les démocrates laïques. Iront-ils manifester à leur tour ?
Au départ, les Arméniens, des Charles Aznavour des montagnes qui ne chantent pas, sauf en privé. Puis les Turcs, qui tuent les Arméniens, une bavure en turc, mais un génocide en français. En algérien, il n'y a pas de nom, mais les Turcs, qui ont colonisé l'Algérie, reprochent aux Français ce gros mot et rappellent que les Français ont opéré un génocide en Algérie. Les Français protestent, appelant ce génocide une guerre de bonne guerre en français officiel, vieille langue atteinte d'Alzheimer, un Allemand dont le pays a colonisé la France.
Puis le Premier ministre algérien appelle les Turcs à ne pas faire de commerce avec le sang des martyrs algériens. Puis les Sahraouis arrivent, là où personne ne les attendait. Soltani, islamiste opportuniste allié aux Turcs, explique que les Turcs, en citant le génocide algérien, sont de bonne foi et que c'est comme si on accusait l'Algérie de faire commerce avec le Sahara occidental, fauchant au passage Ouyahia accusé de défendre la France. La réponse arrive par le biais d'éditorialistes : Soltani dérape, c'est un traître. Mais aux Sahraouis, pas aux Algériens. En fait, Ouyahia n'aime pas les Turcs, Soltani n'aime pas les Français, les Français aiment le pétrole, les Algériens la mayonnaise.
Entre les Turcs et les Sahraouis, les nationalistes algériens ont choisi les Sahraouis. Mais les islamistes algériens préfèrent les Turcs, qui eux préfèrent les Algériens aux Français, que n'aiment pas les Algériens. Seuls les martyrs algériens ne peuvent rien dire, ils sont morts. Du groupe O positif, donneurs universels, ils ont donné leur sang aux Turcs, aux Français et même aux islamistes algériens, 200 000 morts. Et les Arméniens ? Il ne faut pas arrêter de chanter. Il faut tuer Charles Aznavour, Français d'origine arménienne, et l'enterrer en turc au Sahara pour boucler la boucle. Juste après lui avoir donné la nationalité algérienne.
Les allemands n'ont pas colonisé la France, ils l'ont occupée pendant cinq ans.La différence entre les deux concepts de colonisation et d'occupation n'est pas aussi ténue que ça.
bylly dairale 10.01.12 | 10h34
juste pour vous mon ami chawki
il faudrait d'abord attendre les résultats de la DRS(pour voir la nouvelle carte de groupage de l'Algérie après le 21/04/2012). il serait certainement semblable au 21/04/2002 français.
Ils ont chanté, dansé ensemble, juifs pieds-noirs et musulmans qui ne s'étaient pas rencontrés pendant cinquante ans jusqu'à ce qu'un jour, par le plus heureux des hasards, une jeune femme, Safinez Bousbia, forme le projet de les réunir.
Deux concerts exceptionnels, les 9 et 10 de ce mois, au Grand Rex de Paris, d'une grande émotion sincère et digne. Exceptionnels, ils l'ont été. Le qualificatif n'est pas exagéré, tant les 27 artistes présents sur scène et menés par Abdelkader Meskoud — le benjamin — ont réussi une communion entre eux, mais aussi avec la salle. «Nous venons d'Alger, El Behdja et de La Casbah, la ville d'El Anka, de Lilli Boniche, de Lilli Labassi», lance dans un salut à la salle Abdelkader Meskoud. Ils ont vieilli, la plupart ont les cheveux blancs, mais ils n'ont rien perdu de leur joie de vivre, de chanter. Sans pathos, sans démonstrations déplacées, ils ont exprimé leur plaisir de se retrouver pour chanter ensemble Alger et La Casbah. Les deux concerts ont été dédiés à Brahim Gaoua, amputé d'une jambe, et à René Pérez, décédé en août, et Ahmed Benchaouch, décédé en juillet.
La musique chaâbie, c'est la musique des hommes et c'est une femme qui les a réunis, dira à juste titre Mohamed Ali Allalou, le populaire animateur de la Chaîne III des années 1980 et début 1990. Huit ans de travail et d'efforts ont abouti à la création de l'orchestre El Gusto qui a donné deux concerts lundi 9 et mardi 10 janvier, au Grand Rex de Paris, une grande salle parisienne mythique et chargée d'histoire, puisque c'est devant ses portes que de nombreux Algériens ont été tabassés et blessés par la charge des forces de la police parisienne un certain 17 Octobre 1961.
L'orchestre El Gusto se produira samedi à Bruxelles. Il est à rappeler que le 29 septembre 2007, le palais omnisports de Bercy avait réuni, à l'initiative du maire de Paris, Bertrand Delanoë, plus de 10 000 personnes, pour une soirée de Ramadhan, à un premier concert du groupe El Gusto nouvellement formé. La majorité du groupe vient d'Alger. Lundi 9 et mardi 10 janvier, ils ont été rejoints par Luc Cherki, Robert Castel et Maurice El Médioni. Le travail de Safinez Bousbia a aussi abouti à un film, qui est dans les salles depuis mercredi, qui raconte ces retrouvailles et à un CD de la bande originale du film. Un livre sur l'aventure El Gusto sera publié en mars prochain. Quand on les voit et entend sur scène, on comprend que le titre du film de Safinez Bousbia L'histoire les a séparés, la musique les a réunis, leur correspond parfaitement. Voire, on a le sentiment qu'ils ne se sont jamais quittés, tant leur complicité est éloquente, pas du tout surfaite. Comme lorsque Mohamed Ferkioui, boute-en-train du groupe, esquisse quelques pas de danse et entraîne Maurice el Medioni dans son élan, et qui s'achève par une accolade.
Le public sera aussi gratifié d'une belle démonstration de «hadi» de la part de Rachid Berkane, sous les youyous, rappelant ceux des femmes de La Casbah, cachées derrière les rideaux des fenêtres jouxtant la terrasse où les hommes étaient regroupés autour de la «tinda» de l'orchestre chaâbi. Encore une fois, la représentation est expurgée de pathos, et de la nostalgie, il y en a eu forcément, y compris dans le public, mais avec pudeur et sans étalage. Oui, la musique a réuni les amoureux de chaâbi de tous âges, ceux qui ont l'Algérie et sa capitale au cœur. Luc Cherki, Robert Castel, Maurice El Médiouni, Rachid Berkane, Cheikh El Yamine, Abdelkader Chercham ont repris avec leurs tripes les quacidate chaâbies devant un public de trois générations — pieds-noirs, musulmans et Français de France.
Ce dernier terme en référence à la chanson composée par Robert Castel, il y a quelques années, pour dire tout l'amour qu'il porte à sa terre natale : «Oh Français de France, écoutez cette musique, écoutez la différence… C'est mon père qui me l'a donnée... C'est tout mon passé qui chante et qui danse. C'est l'Algérie qui chante. C'est l'histoire de ma vie. Elle vient de mon père, qui est au ciel et à qui je dis merci». S'ensuit une longue ovation. A Lili Labassi, la chanson chaâbie doit des titres célèbres. L'artiste enflamme la salle qui tape des mains en cadence.
La ferveur était totale
Le concert commence par un morceau déclamé par un rabbin et un muedhin en hébreu et en arabe. Puis, des extraits du film documentaire consacré à El Gusto et ce superbe survol aérien d'Alger et de La Casbah. L'Algérie, et plus particulièrement Alger, n'a jamais été aussi louée, aussi chantée avec amour et tendresse que ces deux soirées des 9 et 10 janvier avec le chœur (cœur) des auditeurs. Ya dzaïr ya hbibti, ya zinet el bouldane par cheikh el Yamine, El Acima par Abdelmadjid Meskoud. Wahran el bahia par un de ses fils, Maurice El Médioni. Quand Abdelmadjid Meskoud déclame sa célèbre El acima, c'est le silence, le public savoure les paroles, les plus âgés, enfants d'Alger, hochent la tête quand l'artiste évoque la ville en perte de ses repères. «Ouled el bahdja, ouine».
Luc Cherki entame Ali yahab yelaab sport irouh lal Mouloudia, ali machhoura fi chamal Ifriqiya… Galia Mouloudia, c'était notre dimanche. Alger je ne t'oublierai pas. Là aussi, dans le public, parmi les plus âgés, des murmures approbatifs et des souvenirs significatifs. Puis, avant de chanter Je suis un pied-noir de là-bas, Luc Cherki rappelle qu'en 1955 il a quitté «le plus beau pays du monde, le pays où je suis né, La Casbah». Et il intercale «un refrain d'une chanson qui a bercé toute mon enfance», Lahmam lioualaftou m'cha ‘alaya. Fin du concert. Le public reste scotché, malgré l'heure tardive, il n'est pas pressé de quitter les lieux. Le temps n'a pas été compté, avec ces «papys» du chaâbi qui ont tenu en haleine, de bout en bout, un public conquis et ravi et qui en redemandait.
El Gusto entame la dernière chanson Ya rayah de Dahmane El Harrachi, reprise avec un succès retentissant par Rachid Taha. Lundi 9 et mardi 10 janvier 2011 au Grand Rex, c'était l'Algérie d'il y a cinquante ans. Et, à l'aube du cinquantième anniversaire de son indépendance, elle devra se souvenir qu'elle a été plurielle, que sa culture, sa musique ont été, et sont toujours partagées par des juifs pieds-noirs et des musulmans.
Ahmed Ouyahia invite Erdogan à «cesser de faire de la colonisation française de l'Algérie un fonds de commerce». Le Premier ministre a rapellé que la Turquie s'est prononcée contre l'indépendance de l'Algérie de 1954 à 1962 .
Il est apparemment de bon ton que nos dirigeants se mettent à lancer des signes de «bienveillance» envers l'Etat français. Sarkozy ne pouvait sûrement pas trouver meilleure défense contre l'attaque du Premier ministre turc l'appelant à balayer devant sa porte avant de criminaliser le génocide arménien, que celle que lui a offert hier le Premier ministre algérien, Ahmed Ouayhia.
FONDS DE COMMERCE
Ce dernier, qui n'a pas adopté le ton de la neutralité et encore moins donné la part belle au sens de la mesure vis-à-vis de deux belligérants d'une polémique née entre deux pays que sont la France et la Turquie, choisit de s'en prendre à l'un des deux Etats qui est la Turquie l'invitant à «cesser de faire de la colonisation de l'Algérie un fonds de commerce». Le secrétaire général du RND, mais surtout Premier ministre, qui n'a pas trouvé «opportun» de critiquer la colonisation française et rappeler les horreurs subies par le peuple algérien du fait de 132 années de colonisation, a choisi de s'attaquer à la seule Turquie qui a «osé» rappeler à la mémoire ces horreurs dont ont été victimes les Algériens. «Personne n'a le droit de faire du sang des Algériens un fonds de commerce», dit-il en invoquant à son tour l'histoire pour rappeler que «la Turquie, qui était membre de l'OTAN, pendant la guerre d'Algérie, et qui l'est encore, avait participé, de par sa qualité de membre de cette Alliance, à fournir des moyens militaires à la France, dans sa guerre en Algérie, au moins par l'achat d'une bombe larguée en Algérie ou d'une balle tirée contre des Algériens».
Ceci et de noter que la même Turquie «avait voté contre la question algérienne de 1954 à 1962». Ne s'arrêtant pas à cette page de l'histoire, Ahmed Ouyahia, et comme pour enfoncer davantage les Turcs, souligne que «la flotte militaire algérienne ayant pris part à la bataille de Navarin, en 1827, opposant les Ottomans à la coalition militaire française, anglaise et russe, a été entièrement détruite… Même le dey Hussein (dey de la régence d'Alger au moment du débarquement des troupes militaires française à Alger en 1830) avait quitté le pays trois jours après l'invasion d'Alger par les troupes militaires du roi Charles X». Au-delà des faits que l'histoire et les peuples ont le loisir de juger la sortie, peu mesurée d'Ouayhia, est sans conteste un signe de faveur adressé à l'Etat français en ces temps où il est important pour le régime de s'attirer des soutiens extérieurs, notamment de cet ancien colonisateur qui veut garder une influence certaine sur ses anciennes colonies. Outre ses attaques contre la Turquie qui ouvrent un front de discorde avec un pays qu'il qualifie pourtant «d'ami», Ouyahia enfonce le clou en citant la tentative avortée d'une loi criminalisant la colonisation française en Algérie. Il estime qu'une telle loi serait «une carte politique, pas plus» et qu'elle serait un «désaveu aux dirigeants algériens depuis 1962 qui n'avaient pas élaboré une telle loi». Et d'ajouter : «Défendre la révolution passerait par l'édification d'une Algérie forte.»
Ainsi, pour Ouyahia, il faut des conditions pour défendre son histoire ! Le Premier ministre assimilerait-il la faiblesse actuelle du régime comme celle de l'Algérie ? Quand nos dirigeants cesseront de confondre régime et Etat ce ne sera que salutaire pour l'Algérie qui n'a heureusement pas à rougir de son histoire et encore moins de sa belle révolution contrairement au régime qui, lui, a toutes les raisons du monde d'aller quémander le satisfecit des puissants du monde. Après les regrets à peine voilés, prononcés à l'Assemblée française, du ministre des Affaires étrangères, de ne pas faire partie de l'Union européenne «à cause» de l'indépendance de l'Algérie, le Premier ministre offre une nouvelle tribune à Nicolas Sarkozy pour toiser d'un œil indifférent la mémoire de la guerre de Libération nationale.
Les vrais fondements idéologiques des insurrections arabes.
el mostafa Rahali * le 6 Janvier 2012
Généralement les approches adoptées par les analystes occidentaux sur les questions relatives à la sphère civilisationnelle arabo-musulmane manquent d'originalité et pêchent très fréquemment par une sorte de propension "naturelle" à un orientalisme exotique.
Toutefois,une tentative d'explication des origines sociologiques des"révolutions arabes" est à relever.Elle soutient que le dépérissement progressif des canons traditionnels d'autorité politico-culturels au sein des sociétés musulmanes-favorisé et accéléré par le contact de la modernité occidentale-aurait largement préparé le terrain, dans ces sociétés, à une sorte de révolution culturelle (similaire au mai 68 français) caractérisée,notamment,par une transformation des mœurs et une remise en question de l'autorité paternelle et conjugale;celle-ci ,de son coté, après avoir fait tomber ces tabous démobilisateurs et brisé les écrans de réticence psychologique et morale aurait finalement ouvert la voie à la contestation des structures politiques et enfin de compte débouché sur la révolte arabe générale contre l'ordre traditionnel (islamique) établi à laquelle nous assistons de nos jours.
Si l'idée avancée n'est pas en elle même inexacte, sa déclinaison explicative l'est par contre. Car la remise en question des carcans d'autorité de tous genres (qu'ils soient de nature traditionnelle ou résultant de la récente période de colonisation européenne) actuellement en cours en terre d'islam, ne se fait pas contre l'islam mais au nom même de l'idéal de l'islam.
En effet,tout l'échafaudage socio-politico-idéologique dans la cité musulmane, quelle que soit l'époque historique à considérer et contrairement à ce qui a été soutenu jusqu'à présent, est œuvre des hommes et ne revêt aucun caractère de sacralité.Ibn Khaldoun a d'ailleurs, dès le quatorzième siècle, cerné cette donnée fondamentale.
Néanmoins, même si l'institution étatique (et l'ordre juridique qui en dérive) n'est pas d'essence religieuse, elle demeure, par contre, nécessaire au maintien, au sein de la société musulmane, de l'ordre moral et social issu des principes énoncés par le message coranique . L' ordre moral et social est lui même une construction permanente des hommes (au moyen de l'Ijtihad ou effort d'interprétation des principes du Coran) aussi bien selon les nécessités des époques que les particularités des environnements concernés par l'effort interprétatif. L'état en islam (même au sens de khilafat/succession du prophète ou de commanderie des croyants qui sont censés remplir la fonction religieuse de Imamat ou guidance dans la voie de Dieu ) n'est donc pas une structure sacrée qui échappe à la critique ou à toute contestation mais il demeure une institution de type conventionnel troquant l'allégeance/paix civile du peuple en contrepartie de l'observance de la règle/norme coranique par les dirigeants ; l'abandon par ces derniers du contenu du contrat convenu libère les fidèles de l'obligation de leur allégeance conditionnelle. Par voie de conséquence,combattre un état ou, à travers lui,un ordre social qui ne réalisent pas, par exemple, l'idéal islamique (par injonction coranique) de liberté (car il n'y a de soumission qu'à Dieu seul), d'équité (les hommes sont tous égaux pour ALLAH car leur création à eux tous émane de sa volonté) ,de justice et de solidarité sociales (ALLAH distingue les hommes par leurs actes et agissements les uns envers les autres ) devient pour chaque croyant une obligation religieuse au même titre que la prière ou le ramadan .
De ce fait, on peut tranquillement affirmer que l'islam est par nature même un système «révolutionnaire» permanent au sens culturel,social et politique.
Cette caractéristique explique d'ailleurs la revendication d'islamité de tous les mouvements insurrectionnels de libération (sociale,politique ou de caractère national) qui ont vu le jour partout dans le monde musulman que ceux-ci soient dirigés contre une domination interne pratiquée par une classe sociale ou qu'il s'agisse de soulèvements dressés contre une occupation-oppression de type colonial.
Par ailleurs,les sociétés musulmanes,dans leurs formes présentes, ne sont pas l'aboutissement d'une évolution historique normale, qui leur est spécifiquement interne ou exclusivement autonome. Elles sont certes d'abord le résultat des siècles d'un déclin civilisationnel en passe de progressivement s'estomper par ailleurs mais elles proviennent surtout d'apports extérieurs et de greffes externes introduites par les interventions occidentales (ou résultant de celles -ci) dans les champs social, politique et culturel en période coloniale et post- coloniale(éléments perturbateurs de l'ordre traditionnel des choses s'il en est).
Les effet conjugués de ces deux facteurs (déclin+colonisation) ont fini par donner lieu à des configurations sociales et des structures politiques insolites et inadaptées ne correspondant nullement au fonds culturel commun, notamment en matière de justice et de solidarité sociales en partage à tous les peuples relevant de la confession et de la culture islamiques.
Cette contradiction fondamentale entre société musulmane de "base" (historiquement légitime puisque dépositaire dans la mémoire collective d'un héritage socio-politico-culturel vécu dans le cadre de la Cité Islamique ) et son actuelle "superstructure" (au sens large) "implantée" (par suite de la survenue de circonstances étrangères exceptionnelles ) a inéluctablement généré le phénomène de rejet auquel le monde,interloqué, assiste à l'heure présente.
Quel a été le cheminement de cette remise en cause et quels en seront les développements probables?
D'autres analyses pourront en faire le point.
* Juriste. Formation Supérieure Université de Perpignan.
Depuis 50 ans, les peuples du Maghreb, du Moyen-Orient et d'Afrique vivent dans des zones de non-droit, ployés sous des dictatures bénies par les puissances occidentales.
Depuis 50 ans, ces peuples ont vu leur indépendance confisquée, leur rêve de liberté et de dignité, si chèrement payé au colonialisme, piétiné par des dirigeants acquis au despotisme et dont l'arrogance et la vanité n'ont d'égal que l'indigence de leur peuple et l'état chaotique de leur pays. Depuis 50 ans, en Algérie, comme ailleurs, dans ces régions où la vie humaine est si maltraitée, le droit à la citoyenneté universelle est banni pour que triomphent l'impunité des gouvernants qui rivalisent dans l'oppression, le pillage et la corruption. Tout cela, dans une indifférence quasi générale autant des «élites» locales que de la pseudo communauté internationale (USA, France et Grande-Bretagne) chantres de l'imposture démocratique et du discours factice sur les droits humains. Qui mieux que le peuple algérien, naguère fier de sa libération du colonialisme, mais aujourd'hui paria dans son propre pays, peut témoigner de la longue descente aux enfers sous la gouverne de régimes totalitaires impitoyables, qui agissent à l'ombre de démocraties factices, conçues sous l'égide du néocolonialsme bien compris des deux côtés de la méditerranée ? Qui mieux que le peuple algérien sait que sa liberté a été marchandée dans des clubs fermés où se noue l'allégeance des dictateurs aux «grands» de ce monde, en échange d'un pouvoir absolu sur leur peuple et quelques strapontins de figuration dans la cour des grands.
Si pendant des décennies, l'alliance des dictatures et des puissances occidentales, ainsi que leurs conséquences désastreuses sur les peuples, sont restées dans l'ombre, c'est tout simplement que les populations, qui en faisaient les frais, étaient les plus vulnérables de la société, abandonnés par leurs élites, autrement dit la majorité du peuple appauvri, dont cette jeunesse révoltée, car poussée au désespoir et au suicide à petit feu. Durant toutes ces décennies, les richesses du pays étaient détournées par le pouvoir et ses réseaux en toute impunité. Le sort de l'Algérie ? Celui de son peuple ? Celui des générations futures ? Juste des mots pour des discours sans lendemain, avec en face un consentement et un silence devenus, par la force des choses, la caution collective aux abus du pouvoir. Pas l'ombre d'un éveil patriotique authentique pour inverser la tendance et redonner au peuple de la révolution de Novembre 1954 l'espoir d'un lendemain meilleur. Puis vint le mouvement des révoltes dans le monde arabe et sa promesse potentielle d'une autre vie pour les peuples de la région. Très vite, les Tunisiens réussissent l'exploit d'une révolution pacifique remarquable en faisant chuter Benali, signant ainsi la fin d'une époque, celle des dictatures, et ouvrant une nouvelle page d'histoire pour les peuples opprimés. Le courage devient, dès lors, sans frontières et tous les peuples soumis, du Maghreb comme du Machrek, trouvent en eux la force de revendiquer la liberté, la justice et la dignité, à l'instar du peuple tunisien.
Le mouvement atteint l'Algérie dès le début du mois de janvier, avant même la chute du dictateur tunisien, et se poursuit durant plusieurs jours avant d'être réprimé par le pouvoir. Résultat : 5 morts parmi les jeunes manifestants, des centaines de blessés et un millier d'arrestations. Ebranlé, le pouvoir algérien se déploie sur plusieurs fronts pour contenir la révolte et empêcher les manifestations populaires dans les rues du pays. Pour plomber la contestation, il intervient simultanément sur trois volets : économique par des baisses de prix et financement de projets pour les jeunes, répressif en quadrillant les quartiers d'un impressionnant dispositif de sécurité et le dernier qui n'est pas des moindres relève de la propagande, il s'agit de la fameuse «main étrangère», une arme redoutable pour culpabiliser les contestataires et refroidir les ardeurs, d'autant que la Libye voisine a sombré dans la violence sanglante, agitant le même spectre pour l'Algérie.
S'il est normal que le pouvoir profite de la tragique expérience libyenne pour apeurer les Algériens et garder l'avantage sur lui, on est surpris des voix «autonomes» qui jouxtent son discours et s'arrogent le droit de culpabiliser le peuple dans sa volonté d'émancipation, alors que nombre d'entre elles ont été des témoins indifférents de ses souffrances et, pire encore, de son aliénation soutenue. Le discours du fallacieux patriotisme a envahi l'espace de la contestation en Algérie et forcé les gens, une fois de plus, à refouler leurs aspirations légitimes sous prétexte qu'ils servent des intérêts étrangers. S'il est entendu que les Algériens n'accepteront jamais l'intervention étrangère dans leur pays, ils n'ont pas moins le droit de revendiquer la fin de la dictature et l'instauration de la démocratie dans leur pays, sans que pour autant leur patriotisme soit remis en cause, à plus forte raison par des gens qui cautionnent depuis des décennies, non seulement la mainmise des puissances occidentales sur les ressources et la politique de leur pays, mais aussi l'humiliation de leur peuple. Quel Algérien n'est pas outré de savoir que 50 ans après l'indépendance de son pays, ses responsables font appel à la France coloniale pour gérer son aéroport, son port, son eau, son tramway, son métro, etc., alors que les compétences algériennes sont marginalisées, exilées en grand nombre. Faut-il ajouter à cela les récents épisodes de la «France/Algérie» joués par Claude Guéant (France) et Mourad Medelci (Algérie) sur fond de réformes en Algérie et qui disent tacitement l'arrimage d'El Mouradia au Quai d'Orsay. N'est-ce pas qu'il y a là matière à scandale pour tout patriote ?
N'est-ce pas au peuple algérien d'apprécier ses gouvernants ? De juger de ses réformes ? Pourquoi le satisfecit de la France pour des réformes qui concernent exclusivement les Algériens ? Mais au fait, de quel patriotisme parle-t-on ? Le vrai patriotisme est une attitude, un comportement qui change le destin d'un pays, d'un peuple. Une attitude contagieuse qui se reflète dans les valeurs du peuple et les réalisations du pays. Le patriotisme est ce sentiment intense qui rend les gens jaloux de leur quartier, village, ville, pays et fiers de ce qu'ils ont bâti, de leur système de justice, de santé, d'éducation, etc. Est-ce le cas en Algérie où les responsables, en grande partie, sautent dans un avion en direction de l'étranger dès qu'ils ont des besoins personnels à combler ? Ce n'est pas faute de moyens, le pays est riche, mais ils n'ont pas confiance dans les services publics qu'ils fourguent au commun des Algériens. D'un secteur de la vie à un autre, même constat affligeant. En fait de patriotisme, il n' y a que sigles et discours qu'on rabâche aux Algériens, à l'ombre du délabrement de leur pays et du saccage de leur vie. N'est-ce pas inadmissible d'entendre un ministre déclarer qu'il y a 950 000 logements vides (construits par l'Etat) en Algérie, alors que des millions d'Algériens croupissent dans des trous, faute d'un toit décent ?
Y a-t-il un brin de patriotisme chez des gens qui pratiquent la «harga» officielle aux frais des Algériens pour jouir des bienfaits de la démocratie occidentale, en débitant à qui veut les entendre leur amour pour l'Algérie? Y a-t-il un brin de patriotisme chez des responsables qui président une éducation naufragée pour leur propre peuple et puisent à même le Trésor public pour offrir à leur progéniture une éducation de qualité dans les universités de Paris, Londres, Ottawa ou Washington ? Y a-t-il un brin de patriotisme chez des gouvernants qui tuent la production nationale de leur pays pour le mettre au service du bazar mondial, ruinent son économie pour mieux détourner les richesses et tuent la créativité et l'estime de soi de leur peuple pour favoriser son aliénation ? Y a-t-il un Algérien, aujourd'hui, qui ignore que ses responsables n'accepteront jamais de se soigner dans les hôpitaux délabrés qu'ils destinent au peuple ? Comment, dès lors, accepter leur gouvernance ? Les élire? Faire d'eux des représentants d'un peuple pour lequel ils n'ont aucune considération ? Pourquoi diable les Algériens continueraient-ils de pourvoir au train de vie de dirigeants qui les méprisent et affichent publiquement une distance vis-à-vis de leurs conditions de vie ? Ce qu'ils prétendent bon pour l'Algérie et son peuple ne l'est pas assez pour eux. Pourtant, cela ne les empêche pas de discourir et de se présenter comme les étendards du patriotisme... une réalité intolérable pour tout esprit citoyen. Presque aussi choquante d'apprendre que Chavez (ennemi des Etats-Unis) se soigne à Washington parce qu'il ne fait pas confiance au système de santé de son pays.
Il est plus que temps de mettre fin à ce genre de paradoxes, qui saccagent le patriotisme des gens mieux que ne le ferait cette «main étrangère» que l'on brandit comme une épée de Damoclès sur leur tête pour étouffer toute contestation. Personne ne doute que la «main étrangère» a toujours pesé sur nos têtes d'anciens colonisés, mais ceux qui tiennent l'épée sont des nôtres. Les gens ne sont pas dupes, ils savent fort bien que les intérêts étrangers sont implantés dans leur pays et participent de leur calvaire, comme ils savent qu'ils sont gouvernés de la pire façon qui soit. Si le colonialisme auquel ont fait face nos parents était français, le néocolonialisme qui l'a remplacé n'a pas d'identité, mais plutôt des tentacules dont les ramifications s'observent clairement dans le déplorable destin de l'Algérie. Cela pour dire, si besoin est, que les révoltes populaires dans le monde arabe ne sont pas nées à Washington, Londres ou Paris, même si ces puissances y ont vu les signes précurseurs et décidé de s'y engouffrer avant l'explosion, notamment en aidant les acteurs du changement dans certains pays. Cela étant, il n'en demeure pas moins que ces révoltes ont couvé dans les tréfonds des peuples écrasés par la tyrannie. De l'Algérie, pays le plus riche d'Afrique du Nord, au Yémen qui est le plus pauvre, situé dans l'extrême sud de la péninsule arabique, tous les peuples de cette vaste région, longtemps sous séquestre des dictatures et leurs alliés occidentaux, se sont ébranlés comme autant de prisonniers injustement enchaînés, soudain libres grâce au courage des Tunisiens, assoiffés de justice et de dignité. La meilleure preuve de l'authenticité de ces soulèvements est l'épisode honteux de la France qui a offert son aide au dictateur Benali pour venir à bout des révolutionnaires tunisiens. Nous savons la suite que le peuple tunisien a réservée à la fois au dictateur et à son allié, la France, l'ancienne puissance coloniale de la Tunisie. Qui peut croire que cette grande puissance ait pu ignorer les agissements de Washington dans sa zone d'influence (le Maghreb) en vue de la chute de leur allié privilégié, Benali ? Il me semble que c'est mal connaître la convergence des intérêts de l'Occident capitaliste.
Tous ceux qui suivent l'actualité sont conscients des interférences étrangères dans le mouvement des soulèvements populaires. Ce serait utopique de croire que les grandes puissances vont quitter la région et laisser s'accomplir pleinement les aspirations démocratiques des peuples, tant les enjeux sont considérables, puisqu'en plus de protéger leurs intérêts présents, les grandes puissances occidentales ambitionnent de paralyser la Chine en bloquant son accès aux réserves pétrolières, notamment en s'assurant, à défaut d'une mainmise sur les ressources, des accords privilégiés avec le monde arabe. C'est donc évident qu'elles vont manœuvrer de manière à exercer un certain contrôle sur les démocraties naissantes, tout comme elles ont contrôlé les dictatures. En revanche, ce qui est certain aujourd'hui, c'est qu'elles ne pourront plus jouir aussi librement des richesses des peuples, ni les écraser discrètement en s'alliant avec des bourreaux. Les grands bouleversements qui se produisent actuellement, obligent les grandes puissances à composer avec de nouvelles donnes qui limitent leur emprise sur les peuples, faute de pouvoir tout contrôler efficacement dans un monde en pleine effervescence. Ce sont des signes qui montrent que l'ordre occidental, qui régente les peuples depuis des siècles, est désormais en déclin et jamais le contexte mondial n'a été aussi favorable à la résistance des peuples contre son hégémonie.
Le moment est donc propice pour que des peuples, interdits de droits, retrouvent le chemin de la liberté. Révoltes, soulèvements ou révolutions, les peuples du monde arabe savent désormais qu'une page sombre de leur histoire vient d'être tournée en Tunisie, et qu'ils ont l'opportunité de reprendre le contrôle de leur vie et de leur pays. Ils n'ont pas le droit de subir l'intolérable de qui que ce soit. Le peuple algérien doit renouer avec son estime de soi, retrouver sa confiance et revendiquer toujours plus fort la fin de la dictature et l'instauration de l'Etat de droit, à l'instar du peuple tunisien, qui a franchi pacifiquement la première phase de sa révolution pour la liberté, la justice et la dignité. Jusqu'à maintenant, c'est le seul exemple de réussite dans la région. Espérons qu'il y en ait d'autres pour multiplier l'espace des libertés dans cette région. Il ne faut pas que l'expérience libyenne serve d'argument pour renforcer le pouvoir et enterrer les aspirations des Algériens. 2011 a ouvert la page des changements historiques dans le monde arabe, et probablement ailleurs dans le monde.
Le contexte mondial offre des atouts qui rendent possibles ces changements vers la démocratie. D'abord, il y a l'apport des nouvelles technologies de l'information, ne serait-ce qu'en termes de mobilisation des gens et de pression qu'ils peuvent exercer sur les pouvoirs. Désormais, la circulation de l'information traque les secrets et met à mal l'impunité tant au niveau local qu'international. De plus, les nouvelles générations, qui peuplent les pays du monde arabe, sont jeunes, plus conscientes de leurs droits, motivées et prêtes à en découdre avec toute forme de tyrannie. Et enfin, le facteur qui inaugure l'ère de tous les possibles pour les peuples est sans conteste le bouleversement de l'ordre mondial jusque-là à dominance occidentale. A l'échelle de l'Algérie, le changement est inéluctable, car seule la perspective démocratique pourra apaiser les esprits et sauver l'unité du pays. Il appartient aux Algériens de ne plus se laisser berner par le régime et ses réformes à la sauvette et d'exiger leurs droits à une citoyenneté pleine et entière qui leur permette d'avoir un droit de regard, autant sur ceux qui le gouvernent que sur les affaires de leur pays.
Les compétences algériennes s'exportent bien. Etudes à l'étranger ou installation définitive, ils sont des milliers de «cerveaux» à quitter l'Algérie chaque année.
Et la destination de prédilection de cette diaspora «hautement qualifiée» est la France. Ainsi, l'Hexagone compte environ 66 000 Algériens «très diplômés» inscrits en maîtrise, dans une grande école ou en doctorat, selon une étude du secrétariat général français de l'immigration.
De même, certaines estimations font état de quelque 20 000 étudiants algériens inscrits en premier cycle dans une université française. Et ce, sans oublier les dizaines de milliers de diplômés formés dans les universités algériennes à avoir quitté le pays en quête de meilleures perspectives et de conditions d'exercice et de vie plus clémentes. Ils sont d'ailleurs plus de 10 000 médecins, toutes spécialités confondues, à s'être installés en France. En dépit des restrictions et des freins mis par le gouvernement Sarkozy aux flux migratoires «choisis», la qualité de l'enseignement dans les établissements français attire toujours autant d'étrangers. Et en pleine polémique autour de la «circulaire Guéant», c'est un pavé dans la mare que jette cette étude du Secrétariat général de l'immigration, publiée en novembre dernier.
Ce rapport, qui évalue l'application d'un système de suivi des étudiants étrangers, s'est penché sur la contribution «notable» des étrangers à la population estudiantine. Mais pas n'importe laquelle. Il s'agit des «très diplômés», des personnes qui ont étudié ou étudient encore en maîtrise (mastères), dans une grande école et en doctorat, médecine compris. Ainsi, sur les 6,24 millions de «très diplômés» en France, 710 000 sont étrangers, et ce, en sus des 70 000 nés non français mais naturalisés. Pour les doctorants, 41,3% d'entre eux sont issus d'un «pays tiers». La part des «très diplômés» est ainsi légèrement supérieure parmi les immigrés que dans la population totale, précisent les auteurs de l'étude. Et le pays le plus représenté parmi cette «élite» est l'Algérie, ex aequo avec le Maroc. Suivent le Royaume-Uni avec 40 000 personnes et l'Allemagne avec 30 000 étudiants. Pour ce qui est de la Tunisie, elle n'arrive qu'en 5e position des pays «fournisseurs» avec 26 000 «très diplômés».
«60% des étudiants quittent la France»
Par ailleurs, est-il mentionné dans l'étude, «certains pays bien représentés dans la population immigrée le sont moins parmi les très diplômés. C'est le cas de l'Italie, l'Espagne, le Portugal ou encore la Pologne (78 000 pour les 4 pays)». L'Afrique hors Maghreb et l'Amérique du Sud ou centrale sont très peu représentées dans cette «super-population», tandis que certains pays sont au contraire «sur-représentés». C'est ainsi le cas du Liban avec 16 000 étudiants, de la Roumanie et du Vietnam, avec 15 000 «très diplômés» chacun. Cette étude ne prend pas en compte les étudiants issus de l'immigration, nés français mais de parents étrangers. Toutefois, contrairement aux idées reçues, ils ne sont pas nombreux à rester en France une fois leur diplôme en poche, puisque seul un étudiant sur trois restera pour y travailler ou se marier. Ainsi, 60% des étudiants entrés en 2002 sur le territoire français ne sont plus détenteurs, fin 2009, d'un titre de séjour. «Environ un tiers est toujours présent. Ces derniers semblent s'installer durablement en France, soit qu'ils se sont mariés, soit qu'ils ont trouvé un emploi, soit qu'ils détiennent encore, pour 10% d'entre eux, un titre de séjour ‘étudiant'», détaillent les auteurs du rapport.
Ces étudiants «hautement qualifiés», de par la «circulaire Guéant» qui restreignait l'embauche des diplômés étrangers, étaient menacés d'expulsion au terme de leurs études. Suite à une forte mobilisation au sein du corps universitaire et du patronat, le gouvernement français escompte réviser cette décision et assouplir la délivrance de permis de travail à certains «très diplômés» étrangers. Cette étude aurait-elle joué un rôle dans ce revirement ?
le film « Ana Falastine (Je suis Palestine) » est en libre accès sur la Toile. Sélectionné au « Festival International des films documentaires d'Al Jazeera » au Qatar et à celui du « Moyen-Orient, que peut le cinéma ? » à Paris. 1 h et 15 minutes
A PARTAGER ! A voir absolument Merci à Audrey PULVAR de s'être habillée en vert. L'intervention de l'OTAN en Libye est un crime contre l'humanité. Aujourd'hui les libyens meurent de faim et sont réprimés par ceux-là qui les ont manipulés. La presse est silencieuse et pour les libyens, l'hiver le plus froid depuis 42 ans. Ils regrettent déjà KADHAFI... mais l'OTAN pompe le pétrole de Libye. Par ailleurs Christian JACOBS tente de se défendre sur les lobbies et les conflits d'intérêt http://www.youtube.com/watch?v=KlsbtIral6E&feature=related
La conférence d'urgence "Contre les guerres d'occupation, contre les ingérences étrangères, pour la défense de la souveraineté nationale et populaire" s'est tenue à Alger du 10 au 12 décembre 2011
Appel d'Alger
Nous sommes des responsables politiques et syndicaux, des universitaires, intellectuels, des avocats, des militants des droits de l'homme… venus des pays du Maghreb, du Sahel et autres parties du continent africain, d'Europe, des Amériques et d'Asie…
Nous nous sommes réunis les 10, 11 et 12 décembre 2011 à Alger, à l'appel de l'UGTA et du PTA dans une Conférence d'urgence « Contre les guerres d'occupation, contre l'ingérence dans les affaires internes des pays, en défense de l'intégrité et la souveraineté des nations » suite à l'intervention militaire étrangère en Lybie.
Nous avons débattu de l'état du monde, des développements en cours sur tous les continents. Tout en affirmant notre soutien aux luttes des peuples, des travailleurs et des jeunes partout dans le monde, pour arracher et défendre leurs droits socioéconomiques et démocratiques.
Nous déclarons d'emblée :
Oui, il y a situation d'urgence lorsque les grandes puissances décident d'intervenir militairement sous l'égide de l'OTAN en Libye ouvrant la voie à l'insécurité et l'instabilité dans la région, mettant en péril l'intégrité des pays du Sahel, alors que déjà ces mêmes puissances ont détruit l'Irak, par la guerre d'occupation, poursuivent la guerre en Afghanistan, maintiennent Haïti sous occupation militaire, imposent des bases militaires dans différentes régions du monde.
Nous dénonçons l'intervention militaire en Libye qui, loin de «libérer» le peuple libyen, prépare les violences de demain sur des bases tribales ethniques et communautaires.
Nous affirmons que cette intervention n'a apporté que davantage de souffrances, de privations et d'insécurité pour tous les peuples de la région alors que de nombreux pays africains sont déjà ravagés par des conflits armés et le pillage extérieur que consacre le remboursement de la dette.
Nous condamnons les visées impérialistes, de pillage des ressources des peuples, et de domination qui motivent cette intervention.
Nous dénonçons cette intervention dont un des objectifs consiste à menacer les peuples qui luttent pour leurs droits et leurs souverainetés, à vouloir leur imposer « un protectorat » étranger, confisquant leur droit de disposer de leur présent et leur avenir.
Nous dénonçons les plans des grandes puissances dont le GMO US visant à désintégrer les nations sur des bases tribales, ethniques et religieuses à des fins de pillage et d'oppression.
Nous nous opposons à l'installation d'une base militaire étrangère, qu'il s'agisse d'Africom ou d'autres, dans la région du SAHEL sous quelque prétexte que ce soit et nous nous prononçons pour le démantèlement de toutes les bases militaires étrangères dans le monde.
Il y a situation d'urgence, lorsque les grandes puissances préparent les conditions de la guerre généralisée dans la région du Machrek, tout en continuant à denier ses droits historiques imprescriptibles au peuple palestinien, le droit au retour chez eux pour tous les réfugiés, soumettant ce peuple à l'enfermement à Gaza et en Cisjordanie, à la répression et aux agressions.
Nous déclarons notre plein soutien aux aspirations du peuple syrien à la démocratie, à l'égalité, mais nous condamnons avec force les manœuvres et complots matérialisés dans l'instrumentalisation de ces mêmes aspirations par les puissances impérialistes et leurs sous-traitants, pour en faire un prétexte pour l'intervention militaire étrangère en Syrie.
Nous sommes opposés à toute intervention militaire étrangère partout dans le monde et donc en Syrie et en Iran, avec ou sans l'aval de l'ONU.
Nous sommes contre l'intervention militaire étrangère par procuration au Bahreïn, nous dénonçons la répression dont est victime le peuple bahreïni et nous sommes solidaires avec sa lutte pour ses revendications et ses droits politiques.
Il y a situation d'urgence, lorsque les mêmes puissances impérialistes et les institutions internationales déchainent une guerre sociale en Europe et aux USA, par des plans de rigueur assassins, pour sauver les spéculateurs, les banques et assurances privées.
Il y a situation d'urgence lorsque les grandes puissances érigent l'ingérence dans les affaires des pays en système mondial, s'arrogeant le droit de disposer du sort des nations et des peuples.
Un monde s'écroule
Nous, responsables politiques et syndicaux, universitaires, avocats, militants des droits de l'homme, venus de pays victimes directes ou indirectes des interventions militaires étrangères, de pays membres de l'OTAN qui participent aux guerres d'occupation et de pays dont les gouvernements s'opposent aux interventions militaires étrangères, réunis à Alger déclarons :
Nous refusons que soient anéanties les réalisations de la civilisation humaine, dont l'existence des nations, condition pour la démocratie.
Nous sommes fondés pour accuser les grandes puissances et les institutions à leur service, de mettre en danger la continuité de l'humanité par les guerres, la famine, la destruction des conquêtes sociales qui matérialisent le progrès humain.
Nous sommes fondés pour accuser les grandes puissances d'être à l'origine de la propagation des expressions de la barbarie, de creuser le lit du totalitarisme par la remise en cause des fondements de la démocratie politique que sont les Etats, les partis et les syndicats indépendants. Nous considérons qu'il est de la responsabilité du mouvement ouvrier syndical international, d'organiser l'action unie et solidaire, en défense des droits socioéconomiques des travailleurs, des droits des peuples et de l'intégrité et la souveraineté des nations, contre les plans et politiques meurtriers des institutions internationales, des gouvernements impérialistes et du G20.
Nous qui, dans nos pays respectifs, militons pour le droit des peuples à vivre en paix et dans la dignité, du produit de leurs ressources nationales, à décider librement de leur présent et leur avenir par l'exercice des droits démocratiques, proclamons notre détermination à combattre les atteintes à la souveraineté des nations et des peuples, le pillage de leurs richesses naturelles.
Nous qui condamnons fermement la répression à l'encontre des peuples et des militants qui luttent pour leurs droits politiques et socioéconomiques dans quelque pays que ce soit, déclarons notre rejet de toutes les guerres impérialistes d'occupation et de pillage porteuses de barbarie, de décomposition, de régression et de chaos.
Nous déclarons notre opposition franche aux ingérences étrangères, qui confisquent les souverainetés populaires.
Nous responsables politiques, syndicaux, universitaires, avocats venus d'Afrique, d'Asie, des Amériques et d'Europe, réunis à Alger les 10, 11 et 12 décembre, à quelques mois de la célébration du cinquantenaire de l'indépendance de l'Algérie, nous réaffirmons le droit imprescriptible du peuple algérien à décider librement de son avenir sans ingérence extérieure. Parce qu'elles comptent parmi les acquis de la civilisation humaine, et constituent des points d'appui pour la lutte des peuples, nous proclamons notre détermination à défendre les conquêtes socio-économiques du peuple algérien, la souveraineté de l'Algérie contre les pressions et le chantage extérieurs.
Pour ceux d'entre nous venus des pays contrôlés par les puissances impérialistes, nous dénions le droit aux gouvernements de nos pays de s'ingérer dans les affaires algériennes. Nous avons conscience qu'en défendant l'indépendance et la souveraineté de l'Algérie, nous aidons l'ensemble des pays de la région et au-delà à se défendre eux-mêmes face aux menaces impérialistes.
Nous décidons de nous constituer en comité international permanent de veille et d'alerte pour la mise en œuvre des propositions issues de la conférence d'urgence à commencer par :
Préparer la tenue d'un tribunal international de type Bertrand Russel, pour dresser sur la base des faits, un acte international d'accusation contre les responsables et les fauteurs de guerre d'occupation/pillage, de destruction des nations.
coordonner l'action unie et réagir ensemble en défense de l'intégrité et la souveraineté des nations.
Organiser la mobilisation unie contre la guerre et pour que les budgets de la guerre soient utilisés pour le développement socioéconomique, pour la santé, l'instruction, pour combattre la misère et la famine qui se propagent dans le monde.
Organiser la mobilisation unie contre les plans meurtriers du FMI, la Banque mondiale, l'Union européenne…etc contre le diktat des déficits budgétaires utilisé en Europe pour imposer aux travailleurs et aux peuples des plans d'ajustement structurels assassins, la destruction des droits et acquis sociaux, pour l'annulation de la dette extérieure, un instrument de saccage des économies nationales des pays opprimés et de mise sous tutelle des Etats et des nations.
Algérie, Sidi Said Abdelmadjid, SG UGTA ; Louisa HANOUNE, SG PT ; BENMOHAMED Mustapha, PT Algérie ; Mohamed MECHATI, militant nationaliste ; Zohra Drif Bitat, vice présidente du Sénat ; Mbarek SERAI, expert international ; TELLI Achour, Secrétaire national UGTA; BOUHAMIDI Mohamed, philosophe et chroniqueur ; Ramdane TAZIBT, député PT, Vice président/APN ; MESSOUS Abd El Kader, SN UGTA ; Djelloul Djoudi, PT ; ZARAT Rachid, ex-député PT ; KHERBACHE Zoubida, députée PT, BEDRAOUI Malika, députée PT ; KOUADRIA Smain, SG syndicat Arcelor ; DAIFFALLAH Mourad, syndicaliste Arcelor ; Brahim DJEBAR, SN UGTA ; EL MALTAOUI Ahmed, SG UW UGTA Tamanrasset ; DJOUDI Mohamed, SG UW Biskra ; ZEGHDI Abdelhalim, UW El Oued ; Zerougui SAHRAOUI, syndicaliste UGTA-El Oued ; ZOUAOUI Ahmed, SG fédération des finances UGTA ; CHOUITEM Nadia, députée PT ; KOUIDRI Dalila, SG association nationale des familles des disparus ; Ali Bendhob, SG UW Laghouat ; LABATCHA Salim, Secrétaire général fédération Agroalimentaire –UGTA ; ALOUANE Mohamed, rédacteur en chef révolution et travail ; ARFOUTNI Abderahmane PT Algérie ; LABCHRI Karim, PT Algérie ; Abdelhamid Boubeghla, PT ; DERRADJI Abdelhamid, SG fédération des cheminots ; Amira BAYA, FNTR ; BELKHODJA Mouloud, FNTR ; Abderahmane BASSALEM, syndicaliste UGTA ; ZITOUNI Lemtaï, S.G de l'Organisation africaine des syndicats des Mines-Energie-Chimie ; Ali GHALEM, scouts musulmans algériens ; Mohamed MOKHTARI, SG UW UGTA El Bayadh ; BOUCHERMA Ahmed, SG UW UGTA Jijel ; BAROUDI Souad, syndicaliste UGTA ; ALLOUA Fatiha, architecte ; MEGHRABI Sofiane, avocat ; BENDJEDOU Nassima, élue municipale PT ; DJOUAMBI Amar, PT ; MECHAAL Samia, PT ; BENBESSA Rahima, syndicaliste fédération bâtiment et travaux publics ; Nassira BOUDRICHE, syndicaliste UGTA ; Ahmed El MELTAOUI, syndicaliste UGTA ;
Afghanistan, Mohammad Khan, member of Left Radical organization ; Afrique du Sud/Azanie, MABASA Lybon, président Socialist Party of Azania ; Bénin, SETONDJI AHOUNOU Florentine, syndicaliste ; ASSOGBA Innocent, syndicaliste ; KOUNOUHOU G. Marcel, syndicaliste ; Brésil, Shakespeare Martins de Jesos, CUT Nacional ; Burundi, Paul NKUNZIMANA, président du Parti des travailleurs et de la démocratie (PTD) ; Fabrice NIKUZE, membre du PTD ; Burkina Faso, DIALLO Moussa, syndicaliste CGT-B ; NAMA MAMADOU, SG/USTB ; Cameroun, Ruth EKOUT ABOUI, Secrétaire générale CSTC; NTONE DIBOUTI Maximilien, président CSTC. Centrafrique, ZAKARIA Patrice, SG/SNECASV, Côte d'Ivoire, OUATTARA Mamadou, syndicaliste (CNEC) ; YAO K. Francois, SYNASEC-Côte d'Ivoire ; EDIA Oi Edia, CNEC-Côte d'Ivoire ; Espagne, Luis GONZALEZ, membre conseil confédéral des CC. O.O ; Xavier ARRIZABALO, professeur d'économie l'université de Madrid ; Angel TUBAU, Informacion Obrera ; Myriam JOSA, journaliste du journal Lavanguardia (Barcelone) ; Etats-Unis, Colia Clark, ILCINFO, Manhattan Green Party USA ; Nellie HESTER, Harlem tight back against war at home and abroad, occupy harlem ; OMOUALE Clay, leader December 12th movement international Secretariat ; Alain BENJAMIN, SF Labour Concil ; Nancy Wohl Forth, US Labor against WAR Egypte, Zeinab SALEM, activist ; Ibrahim ESSAYED Ali Kamal, membre de l'Association El Amal El Watani ; Mohamad Abdellah Enahas, militant ouvrier/syndicaliste ; Mohamad Hassen Khalil, Parti socialiste égyptien; France, Daniel GLUCKSTEIN, Secrétaire national POI, coordinateur EIT ; Clément Robert, POI ; HEBERT Patrick, syndicaliste ; GAUTHIER Lucien rédacteur en chef Informations ouvrières P.O.I ; HAYON Samy, syndicaliste ; RAGUIN Hubert, syndicaliste ; Majed NEHME, directeur de publication du journal Afrique-Asie ; Gabon, Joseph MENGARA, Secrétaire général adjoint UTG chargé de la coopération internationale ; Guinée, DIALLO Abdoulaye Lelouma, représentant de l'OUSA auprès de l'OIT à Genève ; Haïti, St-CYR Fignole, Secrétaire général CATH ; Ile Maurice, M. Haniff PEERUN, président Mauritius labour congress ; Italie, MONASTEROLO Andrea, ouvrier membre de CGIL ; GRANAGLIA Dario, ouvrier membre de CGIL ; CIGNA Alessandra, enseignant membre de CGIL ; Libye, Mohamed Said Ben Abdelhamid, écrivain ; Aissa Hassan Ismail, militant ; Mali, ISSA DIAKITE, syndicaliste; DAO Baba, syndicaliste; Guissé Ibrahima, syndicaliste synacome EDMSA/UNTM ; Nouhoum Keita, Secrétaire administratif (SADI) Parti de la Solidarité africaine pour la démocratie et l'indépendance ; KONARE BALLA, professeur du supérieur militant et membre du comité central du parti de la Solidarité Africaine pour la démocratie et l'indépendance (SADI) ; Nigeria, Promise ADEWUSI, Deputy president, Nigeria Labor Congress (NLC) ; BELLO ILIYAS Abdulraoof, Senior staff ass of Nigerian universities (SSANU); Niger, HAMANI Harouna, député national ; Mauritanie, SIDI Ould Ahmedou Ould Boyé, Secrétaire général adjoint de l'union des syndicats libres de Mauritanie (USLM) ; Boumediene Ahmed Salem, secrétaire des relations extérieures Union des travailleurs mauritaniens ; Maroc, Karim ELKHEMLICHI, syndicaliste, directeur journal informations ouvrières ; Khalid HOUIR, représentant de la confédération démocratique du travail (CDT) ; Khalid El ADJBARI, syndicaliste fédération national de l'enseignement (à titre personnel) ; Palestine, SALAH Mohamed, FPLP ; Salah Salah, membre du Conseil national palestinien ; Portugal, AIRES Rodrigues, Parti ouvrier d'unité socialite (POUS) ; Russie, Mark VASILIEV, Mouvement socialiste de Russie ; Sénégal, MAMADOU Diouf, SG CSA ; Malick SY, Yoonu Askan wi mouvement pour l'autonomie populaire ; Serbie, VELICKOVIC Djuro, CE du syndicat d'électricité ; IMSIROVIC Pavlusko, Alliance ouvrière politique ; Suède, CARLSTEDT Marcus, syndicaliste, bloc anti-impérialiste ; Annika BLOMBERG, workers activist anti imperialilst bloc ; Somalie, Mohamed Maié, directeur Tools of Humanity ; Togo, DJISSENOU Yawo Marius, militant MTRP ; KIFALANG TE Marguerite, présidente de l'UFESYL ; GBIKPI-BENISSAN Tetevi, SG Union nationale des syndicats indépendants du Togo (UNSIT) ; Tchad, BASSOU Rakis Singa, syndicaliste ; Tunisie, DHIBI Kheireddine, étudiant ; GUESMI Lotfi, membre du syndicat de l'enseignement primaire –UGTT- ; Mohamed EL HADDAD, professeur langue arabe ; BEN LARBI Mohamed, Sawt El Oumal ; Amar Amroussia, membre de la direction du Parti communiste des ouvriers de Tunisie (PCOT) ; Tahar Mohamed CHEGROUCHE, militant progressiste ; Turquie, BORATAV Korkut, académicien ; Gencay Gursoy, académicien ; Sadi OZANSU, président Parti de la fraternité ouvrière (Turquie) ; Ahmet TONAK, académicien ; Venezuela, Saul ORTEGA, Partido Socialista Unido da Venezuela ;
Vingt ans après l'Assemblée nationale et trente ans après sa proposition par le candidat socialiste, François Mitterrand, le Sénat a adopté, jeudi, une proposition de loi de la nouvelle majorité de gauche, accordant le droit de vote aux municipales aux étrangers non communautaires. Et ce, à l'issue de longues heures d'un débat houleux, passionné et exceptionnellement porté à droite par le Premier ministre lui-même.
Paris. De notre correspondante
Le Sénat français a enfin voté, jeudi soir, le projet de loi sur le droit de vote des étrangers non communautaires aux élections locales, porté par la gauche. Le texte adopté par 173 voix contre 166, après de longues heures d'un débat houleux, ne permet pas aux étrangers non communautaires de devenir maires ni de participer aux élections sénatoriales en tant que grands électeurs. Ils pourraient seulement être élus comme conseillers municipaux. Une loi organique décidera des modalités, notamment de la condition de résidence, qui devrait être de cinq ans. Il devra retourner à l'Assemblée nationale du fait que deux amendements ont été adoptés, mais l'Assemblée étant à majorité de droite, il y a peu de chance pour qu'il soit validé pendant cette législature. Il faudra donc attendre une éventuelle victoire de la gauche en 2012 pour que la chose soit enfin envisageable. Cette question du droit de vote des étrangers non communautaires, qui a mobilisé toute la classe politique française, révèle la ligne de démarcation politique et idéologique entre la droite et la gauche sur un enjeu de société aussi crucial que la question de la citoyenneté et de l'intégration.
D'autant que la question est à nouveau posée à quelques mois des élections présidentielles. La preuve, jeudi, c'est le chef du gouvernement lui-même,François Fillon, qui s'est rendu au Sénat pour «exprimer» son «opposition» à un «travail de sape d'un des fondements de notre République». «La gauche s'engage dans une voie dangereuse avec légèreté», en prenant «le risque de vider la nationalité et la citoyenneté françaises de leur substance», a déclaré François Fillon. Et d'ajouter que «dissocier le droit de vote de la nationalité française, c'est prendre le risque de communautariser le débat public». Pour sa part le ministre de l'Intérieur, Claude Guéant, affirme qu'«on vote parce que l'on est citoyen, on est citoyen parce que l'on est français, on n'est pas citoyen parce que l'on habite en France». Le président du groupe socialiste au Sénat, François Rebsamen, a soutenu, a contrario, qu'«il n'y a pas de pire ferment pour le communautarisme que le refus de la reconnaissance d'une citoyenneté de résidence».
Les sénateurs de gauche ont accusé le gouvernement et le parti de la majorité de «stigmatiser» les étrangers et d'utiliser ce thème pour récupérer les voix du Front national. Marine Le Pen accuse elle-même le président Sarkozy de changer d'avis «au gré des stratégies électorales et des sondages».La gauche, contrairement à la droite, voit dans le droit de vote des étrangers aux élections municipales un «outil d'intégration». C'est la sénatrice Esther Benbassa (Europe Ecologie Les Verts), qui a répliqué au Premier ministre en tant que rapporteur du texte, en défendant le droit de vote local aux étrangers non communautaires comme une question «d'équité» par rapport aux membres de l'UE qui disposent de ce droit depuis 1998, comme une «nécessité de reconnaître l'existence d'une citoyenneté plurielle», pour «garantir la dignité» des intéressés et «renforcer la portée de la démocratie». Elle a réfuté l'argument du lien indissociable entre citoyenneté et nationalité avancé par la droite, jugeant qu'il «n'a plus raison d'être» puisque «les ressortissants de l'UE participent aux municipales».
Esther Benbassa a aussi rappelé les déclarations en faveur de ce droit, prononcées, par le passé, par Nicolas Sarkozy, Eric Besson (ministre de l'Industrie), l'ex-Premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, ou encore Brice Hortefeux. Et de constater que «ce sont d'autres discours que nous entendons désormais» En effet, en janvier 2001, dans son livre Libre, Nicolas Sarkozy avoue «ne pas être outrageusement choqué par la perspective de voir des étrangers, y compris non communautaires, voter pour les scrutins cantonaux et municipaux (...), à compter du moment où ils paient des impôts, où ils respectent nos lois». En octobre 2005, ministre de l'Intérieur, il dit dans un entretien au Monde, vouloir «renforcer les droits des immigrés en situation légale» en ouvrant, notamment, un débat «serein et réfléchi» sur le droit de vote aux élections municipales. Quant à Eric Besson, alors qu'il est ministre de l'Immigration et de l'Identité nationale, il relance en janvier 2010 dans son livre Pour la nation, l'idée d'introduire le droit de vote des immigrés aux élections municipales.
Il propose de réserver ce droit «aux ressortissants des pays qui furent colonisés par la France, qui sont des pays francophones, qui ont appartenu à notre République». A gauche, la mesure est défendue par le Parti socialiste (PS) depuis que le candidat François Mitterrand en avait fait la 80e de ses 110 propositions en 1981. Le PS l'a reprise dans son projet pour 2012, adopté à l'unanimité le 28 mai. A noter qu'une large majorité des Français (61%) est favorable au vote des étrangers, selon un récent sondage BVA et qu'au 31 décembre 2010, environ 2,2 millions d'étrangers majeurs non communautaires étaient établis en France, dont 1,8 million depuis plus de 5 ans, selon le Sénat.
Journée nationale d'hommage aux morts pour la France pendant la guerre d'Algérie et les combats du Maroc et de la Tunisie
En cette journée nationale, la République rend un hommage solennel aux "Morts pour la France" pendant la Guerre d'Algérie, les combats du Maroc et de la Tunisie.
Aujourd'hui, nous sommes réunis par le souvenir de leur sacrifice. Pour leur combat valeureux, leur engagement fidèle, nous leur devons respect et reconnaissance.
Aujourd'hui, nous pensons aussi avec émotion à leurs familles, à leurs proches, à leurs frères d'armes. Qu'ils soient assurés de notre attachement indéfectible à la mémoire de ceux qui sont tombés au champ d'honneur.
Il y a cinquante ans, le Gouvernement Français et ses interlocuteurs algériens s'étaient engagés résolument dans le chemin qui devait mener à l'indépendance de l'Algérie, répondant à l'aspiration des peuples de vivre souverains en leur pays.
Ce fut néanmoins un chemin long et douloureux. Dix ans durant, cette terre d'Afrique du Nord fut prise dans l'une de ces tempêtes de l'Histoire qui bouleversent les destins de milliers d'hommes et de femmes, parfois jusqu'à les briser.
Dix ans durant, la "tragédie algérienne" selon les mots de Raymond Aron, se nourrit d'espoirs et de désespoirs, de contradictions, d'incompréhensions, d'atrocités, pour s'achever dans l'amertume.
Appelés du contingent, militaires de carrière, membres des forces supplétives ou assimilés, forces de l'ordre, tous servirent la République avec courage, abnégation et loyauté. Tous accomplirent leur devoir, unis par la fraternité des armes.
Ils furent plus de 23.000 à tomber au champ d'honneur, sur ce sol algérien âprement disputé. Dans le même temps, la liste des victimes civiles n'eut de cesse de s'allonger, pendant le conflit mais aussi après le cessez-le-feu. Notre conscience collective nous ordonne de ne jamais les oublier.
Nous n'oublierons pas non plus que la fin des combats ne signifia pas le début de l'apaisement. Dans l'improvisation, dans la hâte, les Pieds-Noirs et des milliers de Harkis durent quitter l'Algérie pour la France, soudainement arrachés à cette terre qui pour beaucoup était toute leur vie.
La violence du déracinement, la rudesse de l'intégration ont longtemps empêché cette blessure de l'Histoire de cicatriser. Longtemps également la guerre des mémoires contribua à la raviver en France comme en Algérie.
Aujourd'hui, près de cinquante ans après le départ de la France d'Afrique du Nord, le moment est venu de réconcilier enfin les consciences pour que le souvenir joue pleinement son rôle fédérateur. Toutes les victimes de ces années cruelles méritent de trouver leur place dans notre mémoire nationale, comme dans une mémoire partagée pour la France et l'Algérie.
Ainsi nous saurons honorer dignement les "morts pour la France" de la guerre d'Algérie, des combats du Maroc et de la Tunisie. Leur sacrifice n'aura pas été vain si nous en tirons les enseignements pour un dialogue apaisé et fécond.
C'est une formidable nouvelle qui nous arrive de Jerusalem: Salah Hamouri sera enfin libre, ce soir à 21h (heure de Paris).
C'est une joie pour lui tout d'abord, pour sa famille aussi. Qu'il puisse se reconstruire, continuer sa vie, son combat pour la justice et la liberté.
L'AFPS se félicite de sa libération et restera vigilante sur les conditions de sa libération. Il doit pouvoir rester vivre où il le souhaite, y compris chez lui en Palestine (Jerusalem). Vous trouverez ci-joint le communiqué de Jean-Claude LEFORT, président de l'AFPS.
Il reste au comité de soutien pour Salah Hamouri une enveloppe de 13000 euros de don, qui lui seront restitué pour qu'il puisse se reconstruire. Des dons sont encore envisageables si vous le souhaitez.
AFPS (Sevran-Tremblay-Villepinte
Enfin libre !
Au terme d'une journée très tendue, nous avons donc appris hier à 19 heures que Salah Hamouri ferait partie de la seconde vague de libération et qu'il rejoindrait sa famille à Jérusalem-Est dimanche 18 décembre après avoir subi injustement 6 ans, 9 mois et 7 jours de prison dans les geôles israéliennes.
Nous ferons de plus amples commentaires une fois sa sortie réalisée et qu'il sera bien chez lui. Nous partageons totalement la joie de sa famille qui va enfin pouvoir l'embrasser, depuis ce temps où aucun contact n'a eu lieu. Sans attendre nous voulons remercier toutes celles et ceux qui, par dizaines de milliers, se sont rassemblés dans leur diversité pour obtenir sa libération. C'est une certitude : sans eux, et leur mobilisation déterminée, Salah ne serait pas libéré dimanche, aussi tard que cela nous paraisse. Nous tenons à remercier vivement tout le monde qui a participé à ce résultat : personnalités, artistes, associations, organisations, notamment de jeunes, partis, « simples gens » comme on dit, les innombrables Comités de soutien qui se sont multipliés en France.
Dimanche Salah sera chez lui. Il va découvrir et devoir s'approprier un monde nouveau et imaginer, en prenant un temps nécessaire et mérité, une étape nouvelle de sa vie. Il va devoir se reconstruire en imaginant l'avenir au goût de liberté. Nous resterons à ses côtés. Nous voulons vous signaler sans attendre plusieurs points :
° Une adresse électronique a été ouverte qui lui est strictement personnelle. Vous pourrez communiquer avec lui dès lundi : salah_hamouri@hotmail.com
° Notre Comité de soutien va s'éteindre mais pas avant avoir accompli jusqu'au bout son devoir et sa mission. En particulier nous resterons disponibles pour, le temps venu, organiser sa venue en France où il a beaucoup d'amis et d'amies à remercier. Il a à nous parler aussi.
° Notre Comité de soutien dispose, c'est sur le site http://www.salah-hamouri.fr/souscription, la somme de 13.683, 64 euros. Nous proposons de lui envoyer à Jérusalem pour qu'il puisse disposer de quelques moyens pour se reconstruire. Nous fermerons les comptes dans un mois. Celles et ceux qui veulent abonder en ce sens peuvent donc encore le faire.
° Une adresse postale est aussi disponible où lettres ou d'autres envois peuvent être effectués :
Par téléphone. Il ne leur reste plus que ce moyen pour entendre la voix de leurs petits. Depuis mercredi soir, Michelle Gono, Aminattou Diolo, Yango Christelle Yalande, Koumassok Barrack Sarrah Beauté et Kotin Mbibo Laure sont abandonnées à la rudesse du désert du Sahara dans la localité de Tin Zaouatine, à Tamanrasset.
Elles sont cinq Subsahariennes à avoir subi le même sort, en se résignant à laisser leurs enfants derrière elles, à Oran, afin de leur épargner un voyage pénible et le néant qui les attend au bout. A une quarantaine de kilomètres des frontières algériennes, ces mères, dont une qui vient d'accoucher, sont livrées à elles-mêmes. «On nous a jetées en plein désert !» lâche une de celles que nous avons réussi à joindre par téléphone. «Nous n'avons pas de toit ; on dort à même le sol et nous n'avons rien à manger, sinon du pain et l'eau du robinet», raconte une autre mère, également jointe par téléphone. Le ton est digne mais l'inquiétude palpable. «Nous ne savons pas si nous allons rentrer chez nous, nous n'avons rien chez nous», explique-t-elle. Une fausse note confère quelque chose de poignant à son accent chantant. «Nous voudrions rejoindre nos enfants, au nord.» C'est-à-dire à Oran, où elle a été arrachée à son enfant et à son mari. Lorsque Michelle Gono se présenta, le 11 novembre dernier, au service de maternité du Centre hospitalier universitaire d'Oran pour accoucher de son deuxième enfant, elle ne se doutait pas qu'elle allait être traînée, elle et son nouveau-né Jouana, en direction du siège de la sûreté de wilaya, dès le lendemain de son accouchement.
Cachot
La petite Jouana ouvrira les yeux dans le cachot de la sûreté de wilaya où mère et fille patientaient avant la tenue de leur procès, le 17 novembre. Un communiqué du Syndicat national autonome des personnels de l'administration publique (Snapap), qui a rapporté les faits, précise que quelques jours plus tard, Aminattou Diolo a vécu le même scénario, alors qu'elle emmenait son fils Ahmed Neam, âgé de 5 mois, à l'hôpital d'Oran. Arrêtée, conduite au commissariat central, elle passera devant le tribunal le jour même. Ahmed Neam, qui présentait des difficultés respiratoires n'aura même pas eu le temps d'être ausculté. Suite à une dénonciation d'un voisin, Yango Christelle Yalande, Koumassok Barrack Sarrah Beauté et Kotin Mbibo seront, à leur tour, arrêtées au domicile d'un Malien où elles se sont rendues avec leurs enfants, en bas âge. Le domicile est perquisitionné «sans mandat», précise le communiqué. Les cinq femmes écopent de six mois de prison avec reconduite à la frontière. Le procès aurait prit 45 secondes pour chacune d'elles, selon le communiqué du Snapap. Quand un officier de police arriva pour embarquer les mères vers un long périple de plus de 2000 km, elles l'ont supplié pour que leurs enfants soient confiées, sur place, à des familles de leur ethnie. Ce n'est que lorsqu'elles menacèrent de se suicider qu'il cédera. «L'erreur a été de ramener à la frontière les mères sans leurs enfants, reconnaît Mustapha Khiati, président de la Fondation nationale pour la promotion de la santé et le développement de la recherche. Il faut tout faire pour que ces enfants puissent retrouver leurs parents.»
Orphelin
Joint par téléphone, l'un des pères des enfants témoigne de la précarité dans laquelle il se retrouve aujourd'hui. Un gazouillement se fait entendre au bout du fil en même temps que celui-ci s'excuse : il doit nourrir son fils. Une dizaine de minutes plus tard, il déclare : «Je ne peux pas m'en sortir avec le bébé. Je ne peux plus travailler et j'ai un loyer à payer.» Le Camerounais d'origine vend des habits traditionnels africains dans les rues oranaises afin de payer un loyer qui représente le double des prix du marché. «Je n'ai pas l'habitude de m'occuper d'enfants, je travaille. Il pleure tout le temps, je n'arrive même à comprendre ce qui ne va pas», raconte-t-il, désemparé. «Je suis coincé chez moi sans personne pour m'aider, le matin. Je tente de le laver, de lui donner à manger mais je n'ai plus de lait ni de couches pour bébés.» En situation régulière, le père de famille ne se voit pourtant pas vivre en Algérie. «Ce n'est pas facile de rester en Algérie, je ne peux pas. Nous ne sommes pas les bienvenus.» Et pour cause, il raconte les brimades, le danger incessant et les dénonciations multiples. «On peut déchirer mon passeport à tout moment. Je ne considère même pas que j'ai des papiers.» Voilà sept ans qu'il erre de pays en pays. Il dit connaître presque tous les pays de l'Afrique de l'Ouest, mais pour lui, pas question de rentrer chez lui. «Je suis orphelin de père et de mère. Je ne suis pas le bienvenu.»
Camion à bestiaux
Sa voix laisse deviner une émotion vive, il cherche ses mots, hésite avant de déclarer : «Ma femme est en plein désert, on sait ce que les rebelles peuvent faire…» De Mostaganem à In Salah, en passant par Relizane, Tiaret, Laghouat et Ghardaïa, les cinq femmes ont traversé plus de 1300 km avant de rejoindre Tamanrasset dans un camion à bestiaux, entassées avec une soixantaine de migrants. Fouad Hassam, président du Snapap et représentant de la Ligue algérienne de défense des droits de l'homme (Laddh) à Oran, souligne que le Malien chez qui trois Subsahariennes ont été arrêtées a été expulsé et reconduit aux frontières. Fouad Hassam, qui est aussi chargé du dossier migration, précise que les femmes n'ont pas pu faire appel, conformément à la loi, puisqu'elles ont été expulsées sept jours après leur procès. Or, la loi leur donne droit de déposer un recours pendant les quinze jours qui suivent leur jugement. En règle générale, les Subsahariens ont «peur de faire intervenir des avocats ; ils préfèrent se faire discrets et n'osent pas défier les autorités». Par ailleurs, Fouad Hassam rapporte le refus d'un pédiatre privé de soigner un des enfants des familles subsahariennes. Il indique que Jouana, âgée aujourd'hui de trois semaines, est malade. «Le CHU est devenu un calvaire pour les Subsahariens. Beaucoup de migrants, admis sur le territoire en bonne et due forme, font l'objet de bavures policières. On déchire leur passeport. De facto, ils se retrouvent dans une situation irrégulière», dénonce-t-il.
JOURNAL D'UN CINÉPHILE EXTRÉMISTE… AU FESTIVAL D'ORAN DU FILM ARABE
Journée # 2 : Vendredi 16 décembre 2011
«Etonnant de constater que le cinéma, étrangement, devenait le temps d'une respiration, aussi intense que la vie ! »
Par Samir Ardjoum
Ce matin, je découvre dans le catalogue fraîchement mis à ma disposition, la projection du seul film africain ayant obtenu la palme d'or lors du Festival de Cannes, année 1975 : Chronique des années de braise du vétéran Mohamed Lakhdar Hamina. Programmé pour 21h00 dans le cadre d'un panorama exhaustif du cinéma arabe, je me promets d'aller le voir pour la énième fois, unique occasion d'écrire sur ce film qui fut la cause de mes nombreux soucis avec le cinéma algérien. J'y reviendrais !
Café, jus d'orange, clope, me voila arpentant la rue Larbi Ben M'Hidi en direction d'une des trois salles de cinéma affrétées pour le Festival : « Le Maghreb » accueille ce matin (10H00) l'un des nombreux documentaires réalisés dans le cadre de « Tlemcen Capitale de la culture Islamique 2011 », dont certains jugent comme étant des « des produits de consommation sans réels objectifs artistiques, juste pour dédouaner une absence de structures culturelles ». Le problème est ailleurs, inutile d'y revenir. Je veux tout de même voir ces films, tenter d'en extraire une problématique qui me permettrait de mieux cerner l'orientation voulue par le Ministère de la Culture. Avant de faire la moue ou…d'exploser de joie, voyons-les ! Le souci, c'est que le premier film, Bostane Tlemcen, fut projeté avec 30 minutes de retard, chevauchant finalement sur l'ouverture de la compétition Court-Métrage fixée pour 11H dans l'enceinte de la Cinémathèque. Il fallait donc faire un choix, le film étant en version arabe non sous-titrée (l'anglais aurait été le minimum pour un festival de cette envergure), je me levais, cinq minutes après le lancement du film, sans en éprouver une quelconque gêne.
Cinémathèque d'Oran. Salle large, public restreint, Quatre films programmés, trois seront finalement montrés. Les raisons ? Aucune idée…Une ribambelle d'images (et non de plan, donc très peu de conscience) sur des sujets lourds de conséquences (Refus du deuil pour le tunisien Moez Ben Hassen avec Fond du puits, fantasme et solitude pour l'égyptien Ramadan avec Sense, une amitié rattrapée par l'Histoire dans Demain, Alger), et desservie par une absence totale de mise en scène. Le défaut commun de ces trois films réside dans la minutie à vouloir privilégier la technique au détriment du processus émotionnel de fabrication, bousculant les lesdits réalisateurs à embellir leur œuvre tel un papier cadeau. Un film devrait est constitué de plusieurs éléments de mise en scène, et ne surtout pas les déséquilibrer sous peine d'évincer le liant qui créerait du cinéma. Sans être dans un nationalisme outré, le seul qui réussit à se démarquer légèrement de ce trio filmique, se nomme Amin-Sidi Boumedine, algérien de son état, évitant occasionnellement l'écueil du vide, et donnant à son film un sens fictionnel aussi intéressant que bancal. Demain, Alger, sans en dévoiler l'intrigue (un simple prétexte narratif), m'intéresse car j'ai le sentiment d'obtenir l'autorisation du réalisateur à pénétrer dans sa sphère intime. Je suis en retrait, certes, mais tout près de lui, en amorce, quitte parfois à lui souffler une déception (dialogues continuellement filmés en champs/contre-champs), et quelques joies (il aime ses acteurs, sait étudier leurs gestes). Et puis avant de venir sur Oran, je croisai l'un des acteurs du film, Amine Mentseur, qui déambulait dans El Biar. Il trainait son corps longiligne tout en humant l'air de sa cigarette. Il reproduisait paradoxalement les mêmes gestes de son personnage. Etonnant de constater que le cinéma, étrangement, devenait le temps d'une respiration, aussi intense que la vie !
Petite anecdote qui a son importance à mes yeux : lors du débat, je vis les deux dirigeants de Thala production, Yacine Bouaziz et Fayçal Hammoum, qui observaient scrupuleusement Amin dont ils avaient produit son film. Sans vouloir être leur avocat (j'ai toujours trouvé dans leurs productions, une conscience cinématographique discrète, au sens de la construction des plans), il faut absolument les suivre, prendre de leurs nouvelles, analyser leurs contenances pour mieux cerner leur position, qui au fil des mois, deviendra indiscutable. Les films seront là, je me prépare à les accompagner à ma sauce !
A ce propos, Un ami journaliste me reprochait de ne pas prendre en considération certains aspects d'un film : « Sense [par exemple] est un film audacieux car le sujet est rarement questionné dans le cinéma arabe. Tu devrais éviter de faire abstraction de ce détail qui peut avoir son importance ». Sur quoi, je le contredisais furieusement en affirmant que nous n'avions plus le droit de privilégier cette axe de lecture sous peine de déconstruire le regard du critique de cinéma (donc du spectateur). En somme, cette posture définie selon moi, une véritable complaisance qu'il faut combattre.
L'après-midi fut placé sous le signe de la compétition long-métrage avec deux films, dénués malheureusement de cinéma. D'un côté le marocain Mohamed Nadif, arborant fièrement Andalousie, mon amour, à la construction narrative fantaisiste que simpliste (belle idée sur la fuite de deux jeunes marocains vers l'Espagne, dont les projets vont être déjoués par le Destin taquin). De l'autre côté, l'algérienne Fatma Zohra Zamoum qui revenait avec son dernier opus, Combien tu m'aimes ?, téléfilm de luxe narrant les pérégrinations d'un enfant, déchiré par le futur divorce de ses parents, et hébergé par ses grands-parents.
Comment, en 2011, tisser des films aussi théâtralisés et impersonnels, qui seraient caduques avec le cinéma. Force est de constater que Nadif, par exemple, entraine malicieusement le spectateur dans son monde bigarré ou tous ses personnages seraient coupables (l'un des protagoniste aime et lit Le Crime de L'Orient-Express d'Agatha Christie) d'une déshumanisation totale. Mais sa propension à refuser d'élever son récit par le biais d'une mise en scène fiévreuse, dynamique et inventive, déréalise complètement ses propos. Refuser ? Assurément, d'autant que Nadif réussit occasionnellement à tisser une ou deux séquences où les saynètes possèdent une force burlesque. Ses personnages, à cet instant précis, existent réellement, leurs bouffonneries participant à la matière à délire d'un récit torturé. Quand à Zamoum, qui avait convaincu avec La Pelote de laine et intrigué avec Z'Har (œuvre imprévisible, récit morcelé, propositions rigoureuses et parfois maladroites sur la décennie noire de l'Algérie des années 90), déroule cette fois-ci un tapis d'ineptie tant le schéma narratif de Combien tu m'aimes ? est accablé par une lourdeur équivoque dans sa mise en scène. Facture conventionnelle, cadrages primitifs et absence d'inspiration cinématographique m'ont fait penser à une production typique de l'ENTV. Mais alors où se terre la violence de ces corps déchirés, où se trouve l'ingéniosité de Zamoum dans ce récit monotone et sans saveur, et surtout où se cache le cinéma qui tarde à pointer le bout de son nez. Film aux aspects d'une commande, film sans réalisateur, film qui épouse une lassitude qui laisse de marbre un spectateur médusé. Je sors de la salle, consterné !
Dans quelques minutes, je dois prendre une décision sur la projection de Chronique des années de braise. Dois-je y aller ou profiter de la présence – importante – du bus qui m'emmènera dans ma chambre d'hôtel ? La question est futile aux yeux du lecteur, mais propice à vouloir me confronter aux démons de mon passé. Je devais être âge de 10ans, je ne connaissais rien à l'Algérie excepté les sempiternelles vacances estivales entre Hussein Dey et Guenzet (Petite Kabylie). Passionné depuis peu par le cinéma, je tombais par hasard sur le film de Hamina, majestueusement conseillé par ma mère (je suis persuadé qu'elle ne se souvient plus de cette anecdote) afin de me familiariser avec le cinéma de mon pays d'origine. J'avalais d'une traite les 180 minutes de cette épopée mi-nationaliste mi-fordienne (il est incontestable que l'œuvre du cinéaste américain fut l'une des références indiscutables dans le film de Hamina) sans en comprendre le sens. Plus tard, je refusai délibérément toutes images provenant du pays fennec, ressentant une trahison, un je-ne-sais-quoi qui me disait de ne plus remettre les pieds dans cette maison aussi lourde que symbolique. Puis un jour, je vis Omar Gatlato, ce fut la claque, ma propre réconciliation nationale (Plus tard, je serais déçu par Merzak Allouache et ses derniers films). A cet instant, je décidais de bouffer continuellement du cinéma algérien et puis, par hasard ( ?), je retrouvais l'œuvre empirique de Hamina. Trois heures plus tard, ma conclusion fut inévitable : cette spécificité cinématographique ne sera jamais pour moi, préférant la fraicheur d'un Beloufa. La boucle était bouclée, même s'il me reste encore une chose à régler : rencontrer Hamina, lui parler, lui envoyer des balles réflectifs, graver sur ma roche nos propres mots afin d'exorciser mes maux.
Je décidais de ne plus renouer avec mon passé (voir le film), et pris le bus tout en songeant au présent et à l'avenir (rencontrer Hamina pour me confronter à lui).
Proposition de loi constitutionnelle visant à accorder le droit de vote et d'éligibilité aux élections municipales aux étrangers non ressortissants de l'Union européenne résidant en France 8 Décembre 2011
M. le président. La parole est à M. Jacques Mézard.
M. Jacques Mézard. Monsieur le président, monsieur le Premier ministre, messieurs les ministres, mes chers collègues, que chacun d'entre nous s'imagine un instant être aujourd'hui un étranger résidant en France devant un écran de télévision ! Quel que soit notre vote personnel, le présent débat appelle le respect qui leur est dû, dans la tradition des principes de la République des droits de l'homme, à laquelle nous sommes tous, quelles que soient les travées sur lesquelles nous siégeons, profondément attachés.
Il ne faudrait point, au fil des ans, conclure que lorsque l'élection présidentielle entre dans un hémicycle, c'est la qualité du travail législatif qui est atteinte. Et ce message s'adresse aux deux côtés de notre honorable assemblée.
Je ne veux pas dire que le moment choisi pour examiner la proposition de loi constitutionnelle est inopportun. Y a-t-il réellement un bon moment pour étudier des textes majeurs concernant de grands enjeux ? Certes, il est d'usage de prétendre que les textes importants devraient être soumis au Parlement dans le mois suivant l'élection présidentielle, durant cette période d'état de grâce qui fait souvent perdre le lien avec les réalités de terrain, mais ce n'est ni possible, ni raisonnable.
Constatons simplement qu'il est habituel que les débats de société reviennent périodiquement sur le devant de la scène, avant d'être officiellement tranchés par une loi nouvelle ; il est également habituel que tel ou tel parti politique remette de tels sujets à l'ordre du jour au moment lui paraissant stratégiquement opportun.
Monsieur le Premier ministre, il en est de même des gouvernements, et nombre de projets de loi sont déposés plus en fonction des échéances électorales que par rapport à l'intérêt immédiat de nos concitoyens. (Applaudissements sur plusieurs travées du groupe socialiste-EELV.)
M. Roland Courteau. C'est bien vrai !
M. Jacques Mézard. Et nous sommes tous concernés !
Je ne suis pas sûr que ce soit très positif pour le fonctionnement de notre République, mais cela constitue une utilisation parfaitement régulière du processus démocratique.
En revanche, si l'on prend le soin de relire les discours des uns et des autres, de tous bords, tenus au fil des ans, on s'aperçoit, sans trop de surprise, qu'il est courant de brûler ce que l'on a adoré et d'adorer ce que l'on a brûlé... Mais là encore, on peut toujours dire, ce qui est souvent, ou parfois, vrai : la société évolue et la loi doit en tenir compte. Merci, monsieur le garde des sceaux d'opiner ! (M. Michel Mercier, garde des sceaux, ministre de la justice et des libertés, s'exclame.)
Le groupe RDSE ne se laissera pas enfermer dans un clivage manichéen. En son sein, la liberté de vote est un principe et les opinions qui s'expriment sont respectées. Une majorité de ses membres voteront cette proposition de loi constitutionnelle. D'autres ne prendront pas part au vote, tel notre collègue Jean-Pierre Chevènement (Ah ! sur plusieurs travées de l'UMP.), ou ne la voteront pas.
L'opinion de chacun de mes collègues est respectable et fondée sur une conviction personnelle découlant tant de l'attachement à des principes fondamentaux que de l'expérience de terrain. Je me dois aussi de rappeler que, voilà presque douze ans, la première proposition de loi déposée à l'Assemblée nationale sur le vote des étrangers aux élections locales le fut par Roger-Gérard Schwartzenberg et les députés du PRG. La question fondamentale est de savoir si le droit de vote des étrangers aura ou non un impact positif sur le fonctionnement de notre République, sur le quotidien de ses habitants, sur le lien social, voire sur son image.
En tout cas, ce qui est détestable, c'est la stigmatisation des étrangers, d'où qu'elle vienne. Mes chers collègues, l'étranger résidant en France n'est pas un matériel électoral à utiliser au gré des majorités successives.
M. Philippe Dallier. C'est bien vrai !
M. Jacques Mézard. Il a droit au respect que l'on doit à chaque être humain. Mais il a aussi des devoirs, dont le premier est de respecter la loi de la République qui l'accueille. (Très bien ! sur plusieurs travées de l'UMP.)
À gauche comme à droite, il en est qui se réjouissent de faire de ce thème un débat « clivant »,...
M. Rémy Pointereau. À gauche !
M. Jacques Mézard. ... comme s'il était opportun d'approfondir le fossé entre les habitants de ce pays, de cultiver la notion de rupture.
M. Alain Gournac. Pas du tout !
M. Jacques Mézard. Loin de nous l'idée de rechercher un consensus mou ! Essayons simplement de considérer que, dans un pays comme le nôtre, il est primordial de ne pas exclure, primordial de faciliter le rassemblement, la cohésion sociale, et l'expérience de ces dernières décennies démontre que ni les uns ni les autres n'y ont vraiment réussi.
Tout en restant à l'écart du battage médiatique, je crois que la proposition de loi constitutionnelle que nous examinons a plus d'avantages que d'inconvénients, bien qu'il ne faille point balayer ces derniers d'un revers de main. Je crois que ce texte a plus de vertus de rassemblement qu'il ne présente de risques de division.
M. Roland Courteau. Très bien !
M. Jacques Mézard. Mais soyons clairs : votre rapport, madame Benbassa, n'a pu nous convaincre en aucune façon.
M. Alain Gournac. Oh non !
M. Jacques Mézard. En effet, partir d'un postulat en le déclinant en vérités révélées, n'entendre pratiquement que les arguments en faveur de sa propre thèse - j'aurais aimé que soient consultées, par exemple, les associations d'élus -, insérer quelques raccourcis historiques et des éléments partiels de législation comparée, pour nous, madame, pour reprendre vos propos récents, ce n'est ni sage ni juste.
M. Philippe Dallier. Très bien !
M. Jacques Mézard. Vous condamniez hier dans cet hémicycle une nouvelle religion : le laïcisme.
M. Alain Gournac. Oui !
M. Jacques Mézard. Nous ne voudrions pas, nous, que ce texte devienne le vecteur de quelque communautarisme que ce soit, que nous combattrons toujours, d'où qu'il vienne. (Applaudissements sur les travées de l'UMP et sur plusieurs travées de l'UCR.)
Les arguments de ceux qui rejettent le principe du droit de vote des étrangers doivent être examinés. Au-delà des sondages, nombre de nos concitoyens les partagent, même si souvent ils s'arrêtent trop au symbole sans examiner la réalité du texte et du problème en cause.
Nous connaissons tous l'édit de Caracalla de 212, qui - faut-il le rappeler ? - excluait du droit de cité les esclaves et les barbares, la constitution de 1791 et celle de 1793, notamment leurs articles 5 et 6, et n'oublions pas d'ailleurs la réaction de Robespierre face à la présence de l'étranger Payne.
M. Roger Karoutchi. Exactement !
M. Jacques Mézard. Ces références historiques font partie de notre patrimoine, mais n'ont guère de rapport avec la situation actuelle.
M. Bruno Retailleau. Absolument !
M. Alain Gournac. Bravo !
Mme Christiane Hummel. Voilà !
M. Jacques Mézard. De quoi s'agit-il ? De permettre aux étrangers résidant sur le territoire français depuis au moins cinq ans, en situation régulière, payant l'impôt, de voter aux élections locales sans leur donner la possibilité de devenir maire ou adjoint, donc officier de police judiciaire, et sans interférer sur l'élection des grands électeurs sénatoriaux. Tel est l'objet de notre débat de ce jour.
Je constate, sans aucune intention polémique, qu'une telle autorisation paraissait recevoir l'aval d'élus de toutes sensibilités, dont l'actuel chef de l'État avant qu'il ne remplisse ces fonctions. J'ai sous les yeux ses déclarations, fort claires, du 25 octobre 2005, mentionnant toutefois « à titre personnel ». Il déclarait encore, le 24 avril 2008, sur TF1 et France 2 : « À titre intellectuel, oui, mais je n'ai pas la majorité pour le faire passer, donc ce n'est pas un projet que je soumettrai... ». On peut parfaitement comprendre et respecter cette évolution, mais ne point la partager.
Nous pensons, majoritairement, que ce droit de vote est un moyen de rassembler, de mieux faire comprendre, au niveau local, que la gestion de nos communes est l'affaire de tous ceux qui y résident régulièrement, de contribuer à sortir de cette exclusion de fait les habitants, certes de nationalité étrangère, mais qui rencontrent les mêmes problèmes que les autres. N'est-ce pas la sagesse de mieux les associer à la vie de la commune, de mieux les entendre, mais aussi et surtout de les associer aux responsabilités, aux décisions et aux conséquences des décisions ?
La concentration des populations immigrées dans des quartiers aujourd'hui considérés comme difficiles est de notre fait à tous, de toutes les majorités qui se sont succédé, de notre absence de volonté politique commune à mettre en place une réelle politique de mixité sociale, y compris par le biais des organismes de logement social. Les usines à gaz des programmes de politique de la ville ont montré leur inefficacité. L'urbanisme, le logement sont des domaines dans lesquels nous avons trop failli, malgré, par exemple, les avancées des programmes de l'Agence nationale pour la rénovation urbaine, l'ANRU ; ils sont devenus une vraie priorité et ont des conséquences dans tous les secteurs, en premier dans ceux de l'éducation et de la santé.
N'oublions pas davantage que parmi le nombre d'étrangers résidents non communautaires, une très forte proportion est issue de l'Afrique du Nord et de nos anciennes colonies. (M. Jean-Jacques Mirassou s'exclame.) Est-il convenable d'oublier cette facette de notre histoire, quel que soit le bilan que l'on puisse en tirer ?
J'ai entendu ce matin un éminent ministre, ici présent, déclarer, sur France 2, que la différence entre la France et l'Angleterre, où tous les ressortissants du Commonwealth peuvent voter, était que la reine demeurait le souverain de ces derniers. (Exclamations ironiques sur les travées du groupe socialiste-EELV.) Permettez-moi de vous dire, monsieur le ministre de l'intérieur, que cette argumentation est pour le moins spécieuse :...
M. Roland Courteau. Ah oui !
M. Jacques Mézard. ... heureusement que la Communauté française créée à l'aube de la Ve République n'existe plus !
L'inquiétude relative au risque communautariste, que vous avez également exprimée, monsieur le ministre, constitue un argument plus fort. Le risque existe, et il convient de le combattre ; nous avons pour cela la loi, le respect de l'ordre public.
Vous posez notamment la question des piscines et des cantines : vous ne voulez pas - je vous comprends - que le communautarisme impose la réservation des lignes d'eau et les menus, et vous avez raison. Profondément laïcs, nous n'acceptions pas le régime unique du poisson le vendredi, ce n'est pas pour nous faire imposer la cuisine hallal ! (Rires sur plusieurs travées de l'UMP.)
Si des dérives apparaissent, les préfets, représentants de l'État - vous savez leur donner des instructions -...
M. Jean-Jacques Mirassou. Ça oui !
M. Jacques Mézard. ... peuvent et doivent y mettre bon ordre. Ils disposent du contrôle de légalité, du déféré préfectoral, et la notion d'ordre public a heureusement encore un sens, il suffit de vouloir l'appliquer.
Je n'entrerai pas dans le débat, instrumentalisé par les uns et par les autres, sur le Front national, que chaque côté a malheureusement utilisé, selon les périodes.
M. Roland Courteau. Non, non, non !
M. Alain Gournac. Vous vous en servez à chaque élection !
M. Jacques Mézard. Nous devons nous déterminer non par rapport à des thèses extrémistes, mais par rapport à nos concitoyens, en réfléchissant également, de manière sereine, aux dangers populistes du scrutin proportionnel.
Je conclurai par une citation d'Aristote : « Le courage est un juste milieu par rapport aux choses qui inspirent confiance et à celles qui inspirent de la crainte ». Soyons donc courageux, mes chers collègues ! (Applaudissements sur les travées du RDSE, du groupe CRC et du groupe socialiste-EELV, ainsi que sur plusieurs travées du groupe UMP. - Mme Catherine Morin-Desailly applaudit également.)
Les interventions en séance correspondent aux différentes prises de parole des Sénateurs dans l'hémicycle du Sénat. Ils peuvent intervenir en discussion générale (à la tribune sur un projet ou une proposition de loi), pour défendre une motion de procédure (à la tribune), sur un article (depuis l'hémicycle pour exprimer une position sur un article d'un texte) ou bien en explication de vote (depuis l'hémicycle pour exprimer leur position sur l'ensemble d'un texte ou sur une motion avant son vote). Ici ne figurent pas les présentations d'un amendement ou encore les explications de vote sur un amendement.
Souvent caricaturé et décrié, Frantz Fanon reste un écrivain majeur qu'il faut relire pour comprendre le printemps arabe.
A droite, Franz Fanon représente le FLN au Congo le 27 août 1960. AFP/UPI
Hommages (presque) unanimes, reconnaissance du monde littéraire mais aussi universitaire: la commémoration du cinquantième anniversaire de la mort de Frantz Fanon, décédé d'une leucémie le 6 décembre 1961 à Bethesda, près de Washington, sonne comme un tribut mérité. C'est aussi, en France, la réparation d'une grande injustice tant cet auteur incontournable a été attaqué et critiqué par ce que ce pays compte comme néo-conservateurs assumés ou masqués sans oublier les incontournables laudateurs de la période coloniale. On ne peut, en un seul article, résumer ce que furent la pensée et l'apport de Fanon au monde contemporain et aux élites du Sud. Mais, comme le note K. Selim, éditorialiste du Quotidien d'Oran, Fanon est un «homme qui toujours interroge». Et de relever que «Fanon est utile en effet pour comprendre les mécanismes par lesquels les régimes de l'indépendance, par la perpétuation de l'écrasement des peuples et par le refus des libertés, créent les conditions où le vieux colonialisme, se drapant de nouveaux atours, se présente comme le libérateur». Fanon, c'est indéniable, aurait eu beaucoup à dire sur les événements qui secouent actuellement le monde arabe. Des événements où le legs des tyrans offre la plus belle des excuses pour les colonisateurs d'hier de prendre leur revanche. Libye, Syrie,… Et que dire de cette Afrique minée par la corruption et les comportements prédateurs de ses dirigeants, révolutionnaires d'opérette qui n'ont en tête que leurs comptes en banque et leurs avoirs immobiliers en Occident…
L'apologie de la violence révolutionnaire?
Il faut se souvenir que Fanon a beaucoup été attaqué aux lendemains déchantant des indépendances. Nombreux sont les auteurs qui l'ont accusé d'avoir fait l'apologie de la violence révolutionnaire, notamment dans son ouvrage fondamental qu'est les Damnés de la Terre. On oublie simplement de dire que ce qui a posé problème en son temps, ce n'était pas l'œuvre en elle-même mais la préface de Sartre. «On ne refuse pas une préface de Sartre» aurait dit Fanon à ce sujet, quelques semaines avant son décès. C'est pourquoi l'auteur de cette chronique recommande aujourd'hui de ne pas lire la dite préface – volonté d'un éditeur de donner un cachet euro-français à un texte d'un homme du Sud – et de s'en tenir à la puissance de ce livre qui n'a pas encore livré tous ses enseignements. Que tous les enfants du Printemps arabe le lisent ! Il montre la voie et, en cela, il demeure hautement subversif.
Bouteflika en secrétaire de Fanon
Revenons aux Damnés de la Terre. Il faut lire le témoignage de Pierre et Claudine Chaulet, deux militants de la première heure de l'indépendance algérienne, publié dans Frantz Fanon et l'Algérie, «mon Fanon à moi». Voici ce qu'ils écrivent en préambule de leur article:
«On ne peut pas avoir connu et côtoyé Frantz Fanon, l'avoir accompagné durant les six dernières années de sa vie – depuis Blida en mars 1955, jusqu'à sa tombe, ‘en territoire algérien' selon son vœu en décembre 1961 – impunément. Dans nos souvenirs, c'est un homme vivant, sans cesse en mouvement, en questionnement, éternellement jeune, parti à l'âge de nos certitudes partagées».
Dans une brève chronologie liminaire, ce témoignage évoque comment, en décembre 1960, Fanon apprend à son retour du Mali qu'il est atteint d'une leucémie. Il entamera alors une lutte contre la montre pour livrer son ouvrage majeur. Extrait:
«Avril 1961. A son retour de Moscou, il [Fanon] se lance dans l'écriture du message qu'il veut laisser: il dicte le texte à haute voix aux secrétaires qui se succèdent: Madame Marie-Jeanne Manuellan, fidèle secrétaire de l'hôpital, et un jeune officier envoyé par l'Etat Major [de l'Armée de libération nationale ou ALN], Abdelaziz Bouteflika. Il faut imaginer les conditions de production de ce texte par un Fanon malade, se sachant condamné, mais conscient d'avoir vécu une expérience unique et voulant la faire partager, en urgence. A chacune de nos visites dans son appartement de l'avenue de Carthage, à Tunis, il nous lit un passage ou un chapitre de ce qu'il vient d'écrire, guettant moins nos remarques que notre approbation, pressé qu'il est d'arriver au terme de cet écrit fulgurant: Les damnés de la terre».
Fulgurance de la pensée et de l'écrit
Fulgurance… Comme le note l'universitaire Christiane Chaulet-Achour, Fanon est une fulgurance de la pensée et de l'écrit. Qu'on en juge: trois essais majeurs en neufs ans (rien à voir avec les «bhleries» semestrielles qui font notre époque). Peau noire, masques blancs (Essai sur la désaliénation du Noir), l'An V de la Révolution algérienne et les Damnés de la terre: trois ouvrages que toute personne revendiquant le droit de prendre la parole sur les affaires du monde doit avoir lus. Fulgurance donc de la production intellectuelle mais aussi d'une maladie qui a privé l'Algérie, l'Afrique et tout le Sud d'un intellectuel dont la voix aurait été bien précieuse au lendemain des indépendances.
Fanon: un engagement africain
L'un des autres aspects majeurs de l'engagement militant de Fanon concerne l'Afrique. Comme le notent Claudine et Pierre Chaulet, il «saisit d'emblée le retentissement de la révolution algérienne sur l'ensemble des pays du continent africain, et particulièrement ceux qui sont encore sous domination française. Il dénonce inlassablement la «loi-cadre»[loi adoptée en 1956 pour accompagner le développement économique des colonies françaises], appelle la jeunesse africaine à rejoindre la lutte du peuple algérien, proclame la solidarité de l'Algérie en lutte aux peuples d'Afrique noire face au colonialisme français, requiert ma solidarité de l'Afrique pour le combat algérien. Ses appels trouveront un écho au Ghana, en Guinée et au Mali, auprès de dirigeants, mais aussi plus largement auprès des intellectuels et étudiants africains».
Missions en Afrique subsaharienne
Fanon multipliera ainsi les missions en Afrique subsaharienne, notamment au Ghana, en Guinée mais aussi au Congo ex-belge et au Mali. Partout, il exposera les grands desseins de la révolution algérienne ainsi que sa vision de la décolonisation. Il sera l'un des plus importants porte-parole d'un peuple algérien en guerre pour sa liberté. A bien des égards, Frantz Fanon est ainsi l'un des hommes à l'origine de la «vocation africaine» de l'Algérie. Une vocation qui s'est matérialisée dans les années soixante et soixante-dix, ne serait-ce que sur le plan de la coopération économique et des échanges culturels (le festival panafricain d'Alger à la fin des années 1960 reste une référence en matière d'exaltation des liens fraternels entre les Algériens et les Subsahariens). Une vocation qui s'est pourtant perdue, l'Algérie s'étant peu à peu coupée de l'Afrique. De toutes les faillites de l'Algérie indépendante, celle-ci est peut-être celle qui aurait le plus chagriné Fanon s'il venait à revenir parmi les siens.
La date du 11 décembre 1960 est peu célébrée. Mais elle marque un tournant dans la guerre d'indépendance de l'Algérie
Manifestations d'Algériens musulmans dans le quartier européen d'Alger, le 11 décembre 1960
C'est un épisode de la guerre d'Algérie (plus communément appelée Guerre d'indépendance, ou Révolution, en Algérie) dont il est rarement question dans les médias. Alors qu'il est emblématique, à plus d'un titre. Le 11 décembre 1960, alors que les maquis nationalistes sont en grande partie décimés par les opérations militaires déclenchées par le général Maurice Challe, des milliers d'Algériens —appelés à l'époque les «musulmans»— investissent les quartiers européens d'Alger. C'est le cas notamment des habitants de la Casbah qui déferlent sur Bab-el-Oued. Ils brandissent des slogans favorables au Front de libération nationale (FLN) et au Gouvernement provisoire de la république algérienne (GPRA). Surtout, ils arborent le drapeau vert, blanc et rouge, celui qui est désormais l'emblème de l'Algérie indépendante.
A quelques jours du réexamen, prévu le 19 décembre, du dossier algérien par l'ONU, ces manifestations, réprimées dans le sang par l'armée et la police françaises, vont s'étendre à l'ensemble du territoire algérien et embraser le pays entier. Elles démontrent que la population «indigène» reste dans sa grande majorité favorable au combat et aux idées des indépendantistes et cela malgré la victoire des militaires français dans ce qui fut la terrible bataille d'Alger (1956-1957).
Aux origines de la décolonisation
Mais ces manifestations sont aussi un gros revers pour le général De Gaulle dont toute la stratégie consistait, après avoir reconnu le droit à l'existence d'une «Algérie algérienne» (au grand dam de la population pied-noir), à favoriser l'émergence d'une «troisième force» plus docile et malléable que le FLN. En cela, les manifestations du 11 décembre 1960 ont donc été un moment crucial du conflit de décolonisation de l'Algérie. Un moment où, le peuple algérien manifeste, de manière pacifique et sans armes, son attachement à la cause défendue par la «djabha» (le Front).
A bien des égards, ces événements sont annonciateurs de ce qui se passera un an plus tard en France, avec les manifestations du 17 octobre 1961, sauvagement réprimée par la police du préfet Papon. Le caractère exceptionnel du 11 décembre 1960 réside aussi dans le fait que l'appareil du FLN, notamment sa représentation à l'extérieur en Tunisie et au Maroc, a été autant surpris, sinon plus, que les autorités françaises par cette irruption du peuple algérien dans le champ politique. Alors que la situation militaire était des plus compliquée, et que les katibas (compagnies) de l'Armée de libération nationale (ALN) souffraient de la rupture des canaux d'approvisionnements en armement et en hommes (les frontières avec le Maroc et la Tunisie étaient électrifiées et minées, ce qui aggravait l'isolement des maquis), les slogans comme «tayha djazaïr» (vive l'Algérie) ou «Ferhat Abbas président» ou encore «Algérie indépendante» redonnèrent un avantage politique indéniable aux nationalistes.
Cela explique d'ailleurs pourquoi, paradoxalement, la date du 11 décembre 1960 n'est guère célébrée en Algérie. Certes, les médias étatiques ou proches du pouvoir ne la passent pas sous silence. Mais, ce n'est pas un jour férié et son importance historique est rarement mise en exergue. Une prudence officielle qui s'explique par le fait que les autorités de l'Algérie indépendante ont toujours craint que cette prise en main de son destin par le peuple ne donne des idées aux nouvelles générations.
Suspicions et superstitions
Exalter le pouvoir du peuple et sa capacité à peser sur le débat politique, c'était prendre le risque de le voir tôt ou tard contester la mainmise du parti unique sur le pays. C'était aussi lui consentir une part de la victoire contre le colonialisme, victoire revendiquée et accaparée par les membres de «la famille révolutionnaire», c'est-à-dire, les hommes du système qui tiennent encore l'Algérie. Une anecdote l'explique à merveille. Au milieu des années 1980, Mohamed Ali Allalou et Aziz Smati, deux hommes de radio mais aussi deux piliers de la scène musicale algérienne, décident d'organiser une série de concerts sous le label rock dialna (notre rock). Problème, les autorités ne donnent pas leur autorisation pour l'un des concerts. «On s'est retrouvés face au ministre de la Jeunesse et des Sports de l'époque», raconte Mohamed Ali Allalou.
«Il voulait savoir dans quel but nous avions choisi la date du 11 décembre pour ce concert. On a eu du mal à le convaincre que ça n'avait aucun lieu avec les manifestations de décembre 1960 et que ça ne partait pas d'une intention subversive.»
Aziz Smati, producteur, à qui de nombreux groupes musicaux algériens doivent leur sortie de l'anonymat (il sera victime d'un attentat terroriste au début des années 1990), se permettra même de choquer ledit ministre en lui affirmant sans rire que, pour la jeunesse algérienne, «la seule date qui compte en décembre est celle du réveillon du 31»… En clair, le souvenir du 11 décembre 1960 ne pouvait constituer une menace. Etant donné que sa signification échappait à la grande majorité de celles et ceux qui étaient nés après l'indépendance.
Bien entendu, plusieurs thèses s'affrontent aujourd'hui concernant ces événements. Selon plusieurs historiens algériens, il ne s'agirait ni plus ni moins que d'une manipulation des services secrets français qui aurait mal tourné. Ces derniers auraient ainsi tenté de susciter des manifestations «spontanées» en faveur de la troisième force chère à De Gaulle. Une tentative de décrédibiliser le FLN qui se serait retourné contre ses instigateurs.
Violence et coercition
Il faut juste relever que l'Histoire contemporaine de l'Algérie est emplie d'exemples de manifestations ayant échappé à leurs commanditaires de l'ombre. On pense notamment à celles d'octobre 1988 qui ont débouché sur la courte parenthèse démocratique algérienne. Par ailleurs, de nombreux officiels algériens ont souvent minimisé le caractère spontané de la déferlante du 11 décembre, expliquant qu'il s'agissait de manifestations encadrées par les militants du FLN, ces derniers ayant pour but de convaincre l'opinion publique internationale du bien fondé de la revendication indépendantiste. Là aussi, on comprend pourquoi la capacité d'action de la population a été relativisée pour mieux mettre en exergue l'importance de l'appareil politico-militaire du FLN.
Mais, quoi qu'il en soit, les manifestations du 11 décembre 1960 —sorte de printemps nationaliste algérien— présentent l'intérêt d'infirmer cette thèse. Une thèse très en vogue en France y compris à gauche et même chez des intellectuels qui étaient favorables à l'indépendance de l'Algérie. Selon eux, le FLN ne s'est imposé aux Algériens que par la violence et la coercition. C'est d'ailleurs pour cela que la grande majorité des documentaires récents sur la question passent sous silence ces manifestations, préférant insister sur la «guerre entre frères» qui a opposé les militants du FLN à ceux du Mouvement national algérien (MNA) de Messali Hadj.
Bonjour, je m'appelle karima (pseudo Naima) je suis née en Algérie. Je suis venue en France à l'âge de 10 ans avec mes parents. Voilà près de 45 ans que nous vivons en région parisienne. Alors, comme je suis une passionnée de ma région, de la vie, de la culture et de la politique , je vous souhaite bonne lecture et surtout j'attends vos encouragements. D'avance je vous remercie.